Ce que j'essayais de dire hier, à propos d'Emmanuelle Pagano, en commentaire à un billet publié par Cerca, à savoir:
Pour prendre les choses par un tout petit bout, je suis allé aujourd'hui (comme chaque jour) sur le site d'Emmanuelle Pagano. Elle y a ajouté des VIDEOS. Je suis allé voir-écouter ces vidéos. Et j'ai été très touché d'entendre son accent méridional. Presque paysan. Elle est fière que POL l'ait publiée, elle le dit. Et je suis très heureux qu'elle le dise comme elle fait. Je ne suis pas sûr qu'une parisienne dirait cela: 'POL m'a appelée chez moi, pour me dire qu'il acceptait mon manuscrit'. Moi, je lui suis très reconnaissant de le dire. Et de le faire avec son bel accent occitan. C'est comme dans ses vidéos, qui sont plutôt maladroites mais où elle assume son image et son accent. Sa fierté aussi. Ou son orgueil. Cela me suffit à penser, Voilà quelqu'un de bien, cela, selon moi, se rapporte à la question du remerciement, telle que nous l'évoquions, voici peu, sur Strani.
Je ne veux pas prétendre que les occitans seraient mieux capables que les parisiens de dire merci. Mais nous avons au moins deux poètes importants, qui se réclament de l'occitanie, chez qui l'exigence du remerciement est pointée avec soin.
Le premier c'est René Char, dans l'un de ses poèmes les plus célèbres, intitulé Qu'il vive! (dans Les matinaux, 1950). Il commence par: "Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains",
et se termine, quelque 8 versets plus loin, par:
"Dans mon pays, on remercie".
Le second c'est Jacques Roubaud, dans un poème de forme sonnet, intitulé The Thanksgiving (dans La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains, 1999), dont voici les 8 premiers vers:
Remercie: Quelq'un, quel que soit. Et remercie
Aussi Cela, que n'est Personne. Que ce soit
De rien, d'une Chose, d'un Autre. Car on doit
Remercier: le clou, le chat et la vanille.
Merci de tous instants discriminants, de mille
Détails qualifiés. Merci. Pas de pourquoi,
Ni par nécessité, ni par effet de loi
Morale dans un coeur. Seulement remercie...