Cognitio Dei experimentalis

Publié le par Christian Jacomino

(i) L’idée qu’une créature puisse être sans témoin paraît inconcevable – non pas seulement un être humain, ou un être vivant, mais aussi bien une flaque de pluie dont le vent ride la surface, ou une pièce de métal abandonnée au bord d’une route de montagne, en plein midi.

(ii) Telle créature singulière, dont le hasard fait que je sois le témoin, creuse en abyme l’intuition de toutes celles qui demeurent ignorées de nous [un peu comme les personnages-types des romans de Balzac ou de Georges Simenon].

(iii) Chacune des créatures que je pressens, du moment qu’elle existe, revêt nécessairement une forme singulière dont la précision du détail des lignes sculpte l’écriture du nom imprononçable par tout autre que Lui [cf. le beau texte de Francis Ponge, composé en hommage à Germaine Richier, intitulé "Scvlpvre" (dans Lyres)].

(iv) Pour Dieu seul, il n’est de créature qui ne soit singulière ; et, pour chaque créature, il existe un nom imprononçable par tout autre que Lui, dont l’écriture se lit, en silence, dans l’absolue précision du détail des lignes.

(v) Chaque créature appelle la compassion de Dieu à chaque instant (Ps. 145, 9), afin que les lignes de sa forme ne s’estompent ni ne s’emmêlent dans l’oubli, mais qu’elles demeurent une écriture : celle de son nom imprononçable, par quoi se marque son être propre et qui le fonde.

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Publié dans Etudes spirituelles

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