Délectation morose

Publié le par Christian Jacomino

(1) Je ne me prétends pas plus parfait qu'aucun autre et je n'attends pas qu'un artiste ou un intellectuel soit plus parfait qu'aucun autre. Si l'on me parlait de Céline comme d'un médecin des pauvres, un peu fou, dont la femme donnait des cours de danse dans le faubourg de Paris et qui avait viré dans la Collaboration, je crois que je ne lui en voudrais pas. Je dirais, Le temps est passé, que Dieu lui pardonne, il y a prescrition. Ce qui me semble faire problème c'est bien qu'il ait écrit et que son oeuvre littéraire soit largement nourrie de cet antisémitisme.
Mais attention! l'oeuvre, ce n'est pas lui qui la fait (oeuvre), c'est nous, ses lecteurs... C'est la tradition critique, qui conduit des monceaux d'élucubrations jusqu'à la Bibliothèque de la Pléiade.
Autrement dit, ce n'est pas tant Céline qui fait problème (en effet, il est mort), que la lecture que nous faisons de ses écrits. C'est la délectation morose dont celle-ci fait l'objet de la part de toute une classe intellectuelle qui tend à l'imposer aux jeunes générations.

(2) Si le cas de Céline était exceptionnel, il ne serait pas significatif, et je ne verrais aucun inconvénient à déclarer que son oeuvre me fascine, moi aussi (en fait, lorsque j'étais adolescent, j'aimais beaucoup Céline). Ce qui fait problème, c'est plutôt que notre attention soit sans cesse attirée vers des oeuvres de ce type, scabreuses, qu'en France on continue de parler de Sartre et Beauvoir comme d'intellectuels majeurs du 20e siècle, autrement dit que la délectation morose apparaisse comme le but recherché dans notre rapport à l'art et à tout ce qui concerne la culture littéraire.

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Publié dans Ethique

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