Mozart et Beethoven
Le thé chez Oreste et Stefana. Oreste très mélomane. Connaisseur de la grande tradition (il a longtemps vécu à Munich où il a vu défiler les plus grands interprètes). J’essaie de lui dire que j’ai un problème avec Mozart tandis qu’aucun, bien sûr, avec Beethoven. Mais comment expliquer le problème que Mozart au juste me pose? Je bredouille. Oreste pendant ce temps évoque la Quatrième de Beethoven. Je lui dis que je ne connais pas cette symphonie, ou que je ne m’en souviens plus. Il se lève et me propose d’entendre le premier mouvement. Debout, tous deux, sans parler, le balcon ouvert sur la mer. Le parfum du soir. Et, à ce moment, la tentation de dire, Beethoven m’est toujours comme ici sympathique. Mozart, non. J’éprouve une infinie tendresse et une infinie reconnaissance pour le premier, pas pour le second, encore que je veuille bien reconnaître son génie, encore que je veuille bien l’admirer, si c’est de cela qu’il s’agit. Et tout à coup je perçois plus clairement ce que j’essayais d’articuler concernant les rapports de l’œuvre à son auteur.
Je ne suis guère plus renseigné sur la personnalité de Beethoven que sur celle de Mozart, et le peu que je sais de l'un et de l'autre, n’est pas fait pour me rendre Beethoven beaucoup plus sympathique. Ma préférence tient à la musique, et seulement à elle. Je pourrais ne rien savoir de l’un ni de l’autre personnage que par (à travers) la musique. Il me semblerait pour autant possible d’expliquer encore ma préférence pour la musique de Beethoven par ce qu’elle me révèle de la personnalité de son auteur. Et les notions auxquelles je ferais appel dans ce cas – celles de courage, de générosité, de détermination – sont des noms de vertus. Elles relèvent donc de la morale.