Le désir des parents d'élèves

Publié le par Christian Jacomino

Je découvre la belle page publiée aujourd’hui par Aurélien Veron. Elle m’évoque la note récente de François Guité, concernant les devoirs scolaires, et les échanges qui s’en sont suivis. Aurélien prône la réforme du système éducatif. Mais, contrairement à la plupart de ceux qui se prononcent sur cette question, il refuse de regarder les enseignants comme (seuls) responsables de l’immobilisme. Il a bien raison. La plupart des enseignants sont conservateurs dans l’âme. L’idée de permettre à leurs élèves de préparer les dictées, de les préparer à deux, de les corriger à deux en utilisant des dictionnaires, fait lentement son chemin depuis le printemps 68 mais ne paraît pas encore définitivement admise. Leur conservatisme pourtant n’est rien à côté de celui des parents d’élèves. Pour ces derniers, le meilleur prof d’une école ne sera (presque) jamais celui chez lequel les enfants sont le plus heureux, dans la classe duquel ils étudient avec le plus de plaisir, mais (presque) toujours celui qui donne des devoirs à faire à la maison, et même des punitions, qui attribue aux productions d’écrits des notes chiffrées (j’ai connu à Nice, il y a quelques années encore, des élèves de CE2 dont les rédactions étaient notées au centième de point sans que personne visiblement ne s’en émeuve, sans que personne ne songe à alerter les pompiers), et surtout celui (ou celle) qui sait user du ton hautain, légèrement dédaigneux qui paraît la marque du grand pédagogue.
 
La question n’est pas celle – mesquine – de savoir si la droite dite ‘libérale’ met ses enfants à l’école privée plutôt qu’à l’école publique. La question est de savoir si elle met ses enfants à l’école privée parce qu’elle souhaite pour eux plus d’innovation, plus de liberté, plus d’audace, plus d’émulation en même temps que plus de coopération, plus de vie, plus de différences, plus de dialogue, plus d’art, plus de Picasso et de Pierre Boulez, plus de jazz, plus de musique indienne, arabe, juive, plus de baroque, plus d’Internet, plus d’écologie, plus de géographie, plus d’histoire(s), plus de mémoire, plus de respect, plus d’échanges, plus de découverte, plus de confiance dans le devenir du monde, plus de sens des affaires, plus de goût de se surpasser, plus de soif de vaincre, plus d’ouverture sur l’entreprise, plus de solidarité à l’égard de ceux qui ont faim, plus de foi, plus de religion, plus d’élégance, plus d’insolence, plus de subjectivité, plus de finesse et de rire, plus d’amour. Ou s’ils veulent seulement plus de contrainte et plus de norme. Plus de silence. Plus de morgue.
 
 

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Publié dans Libéralisme

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