Deux grandes traditions éducatives
Au départ de notre système éducatif, deux traditions très distinctes: l'une laïque et l'autre religieuse.
La tradition laïque est la plus ancienne, elle remonte à l'antiquité. Dans ce contexte, celui qui enseigne est moins un maître qu'un serviteur. Il s'adresse aux enfants des familles riches et leur enseigne ce que leurs parents savent déjà mais qu'ils n'ont ni le temps ni l'envie de leur enseigner eux-mêmes.
La tradition religieuse remonte au moyen âge latin. Les moines accueillent de jeunes paysans et leur enseignent une langue (le latin), un savoir-faire artisanal (l'écriture) et une culture (biblique) très éloignés de ceux du monde de leurs parents.
Dans la tradition laïque, il s'agit d'aider un enfant à faire bonne figure dans un monde qui est déjà le sien, auquel sa naissance le destine. Dans la tradition religieuse, il s'agit de l'extraire de sa communauté de naissance pour le faire entrer dans un autre monde. Dans la tradition laïque, il s'agit de faire en sorte que les élèves finissent par ressembler à leurs pères. Dans la tradition religieuse, il s'agit de faire en sorte qu'ils ressemblent aux moines qui les enseignent pour un jour pouvoir les remplacer.
L'enseignement privé apparaît aujourd'hui comme le grand héritier de la tradition laïque, même si dans la plupart des cas les religions y ont droit de cité. L'enseignement public, en revanche, tend à assumer la vocation d'un enseignement religieux. [Il me paraîtrait plus exact aujourd'hui de parler de fonction sacerdotale (20/01/07).] Il milite pour un autre monde. Il échoue. Il s'en étonne et il s'en plaint.