Education et rééducation généralisée

Publié le par Christian Jacomino

Mes amis cliniciens (pédospychiatres, psychanalystes et psychologues) craignent aujourd'hui que l'on passe d'une clinique du sujet humain à une clinique du symptôme. Très concrétement, cela signifie que l'institution hospitalière ne s'organiserait plus comme elle fait aujourd'hui en secteurs (géographiques) où sont reçus toutes sortes de sujets souffrant de toutes sortes de troubles, mais en lieux dédiés à tel ou tel symptôme.

De la même manière, je crains que l'enseignement scolaire ne consiste plus, demain, à transmettre une culture mais à entraîner les enfants de façon intensive pour l'acquisition de telle ou telle compétence.

La rééducation remplacerait d'entrée de jeu l'éducation. On gagnerait du temps. Et de l'argent.

La pratique de la poésie dite et chantée implique et favorise la compétence linguistique qui consiste à ‘rythmer un texte (i.e. un vers) en en scandant les syllabes orales’. Je ne suis pas sûr d'avoir envie qu'on entraîne un enfant à faire cela hors l'amour et la mémoire de poésie.

Le secret désir de certains est que la question de l'angoisse soit réglée par l'administration de médicaments.

Le secret désir de certains est que les ordinateurs remplacent un jour les professeurs.

Pour la dyslexie, par exemple, on pourrait la soigner tout à la fois avec des médicaments et avec des logiciels adaptés.

Quant à moi, je préfère qu'un être humain transmette à un autre être humain le goût et la mémoire de contes, de poèmes et de chansons.

Voir aussi L'ordinateur et l'échange interpersonnel.

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Publié dans Lire en atelier

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F
Bien sûr l'évaluation n'est pas une mauvaise chose, Strani, mais ses dérives, surtout pour les enfants très jeunes, sont extrêmement inquiétantes. Il n'y a qu'à voir les tests d'évaluation du commerce pédagogique pour voir ce que cela devient, notamment en ce qui concerne l'évaluation de la lecture et celle de la poésie. Surtout qu'en fait le phénomène qui apparait est que l'évaluation se substitue à l'apprentissage dans les préoccupations, et les remédiations deviennent plaquées et techniques, notamment en lecture...
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B
un monde lisse, lisse, sans soufrance - jusqu'à ce que ça en devienne une souffrance
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S
oui, l'importance accordée à des évaluations systématiques et répétées aux noms techniques divers - que je vous épargne - est au centre du discours iufm. Ce n'est pas une mauvaise chose à mon sens, dans le mesure où, pour être honnête, il faut dire que certains collègues se moquent de la transmission de compétences autant que de la transmission d'une culture, et veulent avant tout que les élèves soient "sages", et qu'on puisse évaluer tranquillement en début d'année ce qu'ils n'ont pas appris l'année d'avant, pour pouvoir les faire tranquillement redoubler en fin d'année. Mieux vaut des compétences que rien du tout! Juste pour dire que demain ne sera pas pire qu'aujourd'hui. Pour ce qui est de la transmission d'une culture, il faudrait qu'on soit d'accord sur ce que ça veut dire. Si c'est faire Rabelais dans le texte en cinquième, Diderot, d'Alembert, Montesquieu au début du lycée, pour des élèves qui n'ont pas lu deux livres en entier, je préfère l'acquisition de compétence, et la politique de l'évaluation.
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F
Tu dis :<br /> " je crains que l'enseignement scolaire ne consiste plus, demain, à transmettre une culture mais à entraîner les enfants de façon intensive pour l'acquisition de telle ou telle compétence"<br /> Je crois malheureusement que dans l'esprit, c'est déjà ainsi. Le plus gros reproche de mon inspectrice lors de mon inspection du printemps est que je n'évalue pas mes petits élèves de trois ans cinq fois par an de façon détaillée,et que chaque petit travail ne soit pas analysé par compétence et évalué précisément de façon apparente et sommative. Heureusement, beaucoup comme moi resistent...
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