Sur un principe de contagion

Publié le par Christian Jacomino

[Suite de mon dialogue avec Michel, dans ce qu'il écrit ICI.]

Je recherche depuis toujours un passage de la Recherche que j'ai peut-être fantasmé, où il est question, si je me souviens bien, de Chopin et Debussy, où le narrateur se moque des snobs qui prêtent à Debussy une immense supériorité sur Chopin tout simplement parce que Debussy est 'plus moderne' et peut-être plus difficile. Et le narrateur oppose 2 arguments: 1 en surface, et 1 en profondeur. L'argument de surface consiste à dire que Debussy, bien sûr, adore Chopin, argument qui serait suffisant pour faire le partage entre les snobs et les vrais amateurs d'art. Mais l'argument pour moi décisif est celui-ci: le narrateur rappelle que la supériorité de quelque artiste ou quelque oeuvre que ce soit, même dans le cas où elle est bien réelle, ne se communique pas par contagion automatique à l'amateur, et que, par conséquent, il n'y a aucun sens à se vanter de ses goûts. 'Debussy est peut-être supérieur à je ne sais qui (sûrement pas Chopin), mais le fait que vous défendiez Debussy ne vous rend pas automatiquement supérieur à celui qui défend je ne sais qui'.
Or, je vois qu'il y a des réponses à faire à ce raisonnement, et je ne doute pas que tu trouveras cette juste réponse (en fait, nous en avons déjà discuté, il y a peut-être 3 ans ou 23 ans, je ne sais plus). Mais, selon moi, suivant mon expérience, c'est là autour que tout se joue. On ne me fera pas lâcher que certaines personnes ont affaire à un champ culturel très étroit (cf. les musiques traditionnelles, le roman-photo, le cinéma de série B) et que dans le rapport à cette culture monotone ils se hissent à un haut niveau de perception. Tandis que d'autres vont à l'opéra et au théâtre 6 fois par mois (nous connaissons toi et moi les parisiens) et sont des cuistres.
Que je précise: Je pense que la vertu de l'oeuvre d'art peut bien se communiquer, en effet, par contagion à l'amateur. Je considère même que c'est là le but de l'expérience artistique. Je souligne seulement que cela ne se fait pas automatiquement, dans tous les cas.
Voilà, je me suis peut-être éloigné du sujet [il faudra que je dise plus tard en quoi, selon moi, cela remet en question le statut des intellectuels, et le principe même de notre enseignement], mais comme l'enseignait Nietzsche, nos raisonnements se fondent sur des motifs très personnels (il doit parler de 'moralité'). Or, j'essaie de rendre mes motifs personnels aussi clairs que possible.

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Publié dans Lire en atelier

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B
peut-être le probème est il mal  posé. En quoi est on cuistre ou non ? Et en quoi telle culture est elle plus importante que telle autre ? Je me permets de penser que l'important est ce que l'on retire des oeuvres, qui n'est pas forcément ce qui en est dit, dans le cadre toujours  plus ou moins futile d'une conversation. Quant à une hiérarchie entre les genres, peut être : ce qui demande le plus de curiosité, d'assouplissement
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