De l'oeuvre ouverte

Publié le par Christian Jacomino

L'entreprise de Jean Claude Bourdais me paraît proche de celle de Philippe De Jonckheere. L'un et l'autre travaillent avec le quotidien (à partir de lui, du matériau qu'il fournit) et combinent de manière étroite le texte et les images. Mais De Jonckheere manifeste dans beaucoup de ses pages une exaspération, une violence à l'égard du monde et des gens de droite en particulier (que lui ont-ils fait?) qui ne se retrouvent pas dans le journal de Bourdais, où c'est au contraire le silence et un peu l'ennui de la campagne (je recommande à Brigetoun d'aller jeter un coup d'oeil à sa page du mercredi 5 juin). Dans ces façons de travailler, le hasard entre pour une part non négligeable. On est loin des oeuvres longuement élaborées comme on voit chez les champions de la 'modernité' (p. ex. chez Boulez). Mais ici et là on a le sentiment d'atteindre un haut niveau de perfection formelle. Car c'est bien de perfection formelle qu'il s'agit. De l'expérimentation d'un art nouveau, qui n'est plus tout à fait de l'art littéraire, à la différence peut-être de ce qui se passe chez François Bon. Un art de l'Internet où l'oeuvre demeure résoluement ouverte du côté de la lecture (ce qui fut tout de même une préoccupation centrale de Boulez). Je veux dire que l'oeuvre n'est pas du tout achevée, qu'elle attend d'être interprétée-dirigée par un super lecteur, une sorte de 'chef d'orchestre' qui tracera un itinéraire parmi beaucoup d'autres possibles à l'intérieur du journal, à l'intention de spectateurs-lecteurs qu'il conviera à ce spectacle dans des conditions définies (ou assumées) par lui, qui feront partie du spectacle. Ce qui revient à dire que ces journaux sont faits pour donner lieu à des performances. Me semble-t-il.

Hier soir, nous avons voulu nous échapper en voiture, A. et moi, et nous sommes montés à Grasse. Mais nous n'avons pas pu trouver mieux pour dîner qu'un McDonald's où j'ai mangé un sandwich nouveau plus infect qu'aucun autre jusque là, et où il y avait une femme triste qui ne s'occupait pas de sa petite fille qui trottait entre les tables à cause de ce qu'elle téléphonait sans fin, d'un air absent. Heureusement qu'ensuite, sur l'autoroute, le ciel était soudain très noir et nous avons eu droit à une superbe averse.

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B
j'avais lu le journal du 5 juin, comme tous les billets depuis que j'ai découvert ce journal - et comme presque chaque fois le texte avait cheminé tranquilement dans mes humeurs des heures suivantes
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