Sagan puis Modiano
Lu, de Françoise Sagan, Le miroir égaré (1996). Emouvant pour les risques pris par l’auteur avec son écriture. La réussite par bouffées, des phrases longues et compliquées, entrecoupées de parenthèses, formant des paragraphes mal peignés et néanmoins heureux (on dirait l’encre encore fraîche d’un vieux stylographe), dont l’auteur ne cherche pas à donner l’illusion qu’elle en maîtrise le cours, mais capables de rendre miraculeusement bien certains effets de paysage, ou la manière dont les personnages sont happés, engloutis dans le décor. (L’orage, par exemple, qui éclate au sortir d’une gare, vers la fin du chapitre 8, et le ciel étoilé, au-dessus de Paris, que contemplent les piètres amants réunis au chapitre 13.)
Puis, lu d'un seul trait Accident nocturne (2003) de Patrick Modiano. L'odeur d'éther qui sert de guide dans un Paris la nuit, désert et froid, où le narrateur s'égare. Une voiture le renverse. L'incertitude sur l'âge et sur la personnalité de celle qui conduisait. Elle sort de sa voiture. Elle s'appelle Jacqueline Beausergent et deviendra sa maîtresse à la fin du récit. Son visage évoque celui d'une autre dans le souvenir qu'il garde d'un épisode de son enfance. Alors déjà il est victime d'un accident dont une mystérieuse jeune femme, qui pourrait aussi bien être sa mère, paraît quelque peu responsable. C'est elle néanmoins qui vient le secourir, à tout le moins le rassurer. Ce qui fait du narrateur une sorte de Joseph Rouletabille aux prises avec le Parfum de la dame en noir.
Modiano a-t-il lu Gaston Leroux? Sait-il que celui-ci a longtemps vécu à Nice, dans un appartement du Palais Etoile du Nord, 53, boulevard Gambetta? Et qu'il est enterré dans le cimetière du Chateau?