La dimension de l'histoire
Si mon souvenir est exact, la façon dont G. Genette institue la distinction entre histoire et récit (dans "Le discours du récit", Figures III, 1972) nous incite à penser que l’histoire constituerait un effet un peu fantomatique du récit. L’auteur du conte ou du roman nous donne l’illusion d’une histoire qu’il n’aurait pas délibérément produite, qui apparaît comme un effet second de la construction du récit, et qui n’existerait pas séparée de lui. Or, cette idée me paraît inexacte. Même si nous ne savons pas très bien dans quelle dimension de la réalité elle se situe et de quoi elle se compose, il me paraît inévitable d’admettre que l'histoire existe comme une idée qui précède le récit.
A la question de savoir ce qu’est une histoire, on peut répondre premièrement que c’est un tout. Ce qui revient à dire que, lorsque le récit commence (et donc la lecture), l’auteur quant à lui connaît l’histoire dans son entier. Cela ne signifie pas qu’il sache mieux alors que le lecteur comment le récit se terminera, le temps du récit et celui de l’histoire ne coïncidant pas nécessairement, mais que le récit s’élabore et se distribue en fonction de l’histoire.
Nous ne lisons pas un roman sans penser que l’auteur connaît déjà la suite et la fin de l’histoire - et, si nous n'avions pas cette certitude, sans doute serions-nous incapables le lire.
La seconde preuve de l’existence de l’histoire tient à la visualité. Il est de fait que, dans l’après-coup, les contes et les romans peuvent être illustrés et même, quelquefois, adaptés au cinéma. Ce qui tend à nous faire penser que quelque chose de l’œuvre n’est pas prisonnier de sa dimension textuelle (ou de la forme linguistique du récit).
Les lecteurs d’Harry Potter ne manquent pas d’aller voir ensuite au cinéma les adaptations qui sont tirées de le la série romanesque, un volume après l’autre, et l’on ne sache pas qu’ils soient souvent déçus. Il paraît donc facile et assez sûr de tirer des images du texte, mais aussi bien je ne m’étonne pas d’apprendre (dans Le Monde d’aujourd’hui) que J.K. Rowling "travaille, un carnet de croquis à la main pour donner forme à ses personnages".
S’il est facile et sûr de tirer des images d’un roman, c’est que le récit lui-même est, partiellement au moins, tiré d’images mentales dont la dimension est celle de l’histoire.
Roland Barthes écrivait à propos de Balzac:
Tout ceci me paraît bien exact, mais ne concerne pas seulement l’écrivain réaliste. L’ironie qui se lit dans le propos de Barthes concerne le statut de ce qui se trouverait de l’autre côté de la fenêtre et que l’écrivain de roman se donne à tâche de décrire.
Barthes avait d’abord à s’expliquer avec l’interprétation stalinienne de l’art et de la littérature, il s’employait à réfuter les prétentions du réalisme socialiste. Aujourd’hui, la question n’est plus là. Personne ne se soucie plus de savoir si ce qui se trouve derrière la fenêtre constitue la vraie réalité ou déjà une vue.
Nous ne voyons pas d’inconvénient à considérer que l’univers d’Harry Potter, tel que le décrit J.K. Rowling, est largement imaginaire. Il nous suffit d’admettre que cet univers existe et que sa dimension visuelle est celle de l’histoire.
A la question de savoir ce qu’est une histoire, on peut répondre premièrement que c’est un tout. Ce qui revient à dire que, lorsque le récit commence (et donc la lecture), l’auteur quant à lui connaît l’histoire dans son entier. Cela ne signifie pas qu’il sache mieux alors que le lecteur comment le récit se terminera, le temps du récit et celui de l’histoire ne coïncidant pas nécessairement, mais que le récit s’élabore et se distribue en fonction de l’histoire.
Nous ne lisons pas un roman sans penser que l’auteur connaît déjà la suite et la fin de l’histoire - et, si nous n'avions pas cette certitude, sans doute serions-nous incapables le lire.
La seconde preuve de l’existence de l’histoire tient à la visualité. Il est de fait que, dans l’après-coup, les contes et les romans peuvent être illustrés et même, quelquefois, adaptés au cinéma. Ce qui tend à nous faire penser que quelque chose de l’œuvre n’est pas prisonnier de sa dimension textuelle (ou de la forme linguistique du récit).
Les lecteurs d’Harry Potter ne manquent pas d’aller voir ensuite au cinéma les adaptations qui sont tirées de le la série romanesque, un volume après l’autre, et l’on ne sache pas qu’ils soient souvent déçus. Il paraît donc facile et assez sûr de tirer des images du texte, mais aussi bien je ne m’étonne pas d’apprendre (dans Le Monde d’aujourd’hui) que J.K. Rowling "travaille, un carnet de croquis à la main pour donner forme à ses personnages".
S’il est facile et sûr de tirer des images d’un roman, c’est que le récit lui-même est, partiellement au moins, tiré d’images mentales dont la dimension est celle de l’histoire.
Roland Barthes écrivait à propos de Balzac:
Toute description littéraire est une vue. On dirait que l’énonciateur, avant de décrire, se poste à la fenêtre, non tellement pour bien voir, mais pour fonder ce qu’il voit par son cadre même : l’embrasure fait le spectacle. Décrire, c’est donc placer le cadre vide que l’auteur réaliste transporte toujours avec lui (plus important que son chevalet), devant une collection ou un continu d’objets inaccessibles à la parole sans cette opération maniaque (qui pourrait faire rire à la façon d’un gag) ; pour pouvoir en parler, il faut que l’écrivain, par un rite initial, transforme d’abord le réel en objet peint (encadré) ; après quoi il peut décrocher cet objet, le tirer de sa peinture : en un mot : le dé-peindre… (S/Z, Paris, Seuil, coll. "Points", 1970, p. 56).
Tout ceci me paraît bien exact, mais ne concerne pas seulement l’écrivain réaliste. L’ironie qui se lit dans le propos de Barthes concerne le statut de ce qui se trouverait de l’autre côté de la fenêtre et que l’écrivain de roman se donne à tâche de décrire.
Barthes avait d’abord à s’expliquer avec l’interprétation stalinienne de l’art et de la littérature, il s’employait à réfuter les prétentions du réalisme socialiste. Aujourd’hui, la question n’est plus là. Personne ne se soucie plus de savoir si ce qui se trouve derrière la fenêtre constitue la vraie réalité ou déjà une vue.
Nous ne voyons pas d’inconvénient à considérer que l’univers d’Harry Potter, tel que le décrit J.K. Rowling, est largement imaginaire. Il nous suffit d’admettre que cet univers existe et que sa dimension visuelle est celle de l’histoire.
Publicité