Supplément à mon billet de ce matin

Publié le par Christian Jacomino

Chers amis, En 1974, nous étions très à gauche et nous savions qu'il existait une culture dominante qui était celle de la bourgeoisie. Et, bon an mal an, nous essayions de dire qu'il existait aussi d'autres cultures qui avaient leur dignité et qui méritaient mieux que le dédain dans lequel les maintenait l'école. C'était, pour ceux de notre génération, le jazz, la BD, le roman policier, le cinéma, les musiques ethniques, etc... Aujourd'hui, la grande majorité de nos collègues sont toujours très à gauche, mais ne parlent plus jamais de culture de classe. Ils défendent la culture aristocrato-bourgeoise comme la seule qui vaille, et ils veulent l'imposer à tous (la rendre obligatoire). Je n'ai rien contre Racine (que je préfère de beaucoup à Molière), j'adore entendre Claude Chabrol comparer les mérite de Corneille et Racine. Mais (1) je m'étonne qu'on ait oublié le jazz, le cinéma et Raymond Queneau, les chants des paysans siciliens ou berbères. (2) Je ne vois pas pourquoi Molière, Corneille et Racine seraient obligatoires pour tous (après tout la musique de Mozart ni celle de Miles Davis ne figurent encore au programme du bac, et personne ne s'en plaint).
Mais encore une fois, ma question est celle-ci: Comment se fait-il que les prof, gens de gauche, aient oublié de défendre la culture populaire et veuillent imposer aux pauvres la culture des riches?

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Publié dans Libéralisme

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C
Je n'ai jamais dit, ni signifié en aucune façon que je ne voulais pas partager. Je dis seulement que je ne veux rien rendre obligatoire.
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F
Si je comprends bien ce que vous dites dans vos derniers échanges, l'amour authentique est égoïste. Puisque j'aime cet auteur, je ne dois surtout pas le partager avec les autres enseignants qui ne comprendraient pas, ni avec mes élèves parce que <br /> 1. je pourrai recevoir une blessure narcissique<br /> 2. cela pourrait passer pour obligatoire.<br /> Me contenter de transmettre la mémoire de ceux de ma race et de mon camp.<br /> Excusez-moi, mais de cet enseignement là, je n'en veux pas pour ma fille.<br /> S'il y a bien quelque chose dont je peux remercier mes (bons) professeurs, c'est de m'avoir fait partager leur passion, de m'avoir fait découvrir des mondes que je ne connaissais pas, que je n'aurais pas découvert seule, qui n'était ni de mon milieu ni de ma race.<br /> (Et le programme n'a aucune part là dedans, il a toujours été sufisamment vaste pour pouvoir y choisir ce que l'on désire, il a toujours servi d'alibi à celui qui l'utilise pour faire ou ne pas faire)
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E
...encore une fois, tout-à-fait d'accord (décidément !). D'ailleurs, quand on aime vraiment un auteur ou un artiste, on ne veut pas le faire "rentrer" en cours et sutrout on ne supporte pas l'idée que les élèves puissent dire "bôf" !<br /> <br /> Mais je parlais de profs qui n'ont même pas la curiosité de lire ou voir autre chose que ce qui est écrit dans les programmes... et ils méprisent ceux qui s'aventurent ailleurs, à ce point que je ne peux même pas discuter écriture avec eux puisque je ne peux pas discuter lecture...
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C
De nouveau, Emmanuelle, un critère décisif... Quand quelqu'un aime authentiquement un auteur ou une forme d'art, on ne l'entend jamais prétendre qu'il faudrait rendre l'enseignement de cet auteur ou de cette forme d'art obligatoire pour tout le monde. L'idée même lui répugne.
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C
Ce que tu dis sur 'les types quasi analphabètes' est au coeur de la question... La culture, c'est ce qu tu as dans ta mémoire personnelle (mémoire vive), que tu l'aies pris ici ou là,  ET... ET... ET dont tu fais réellement quelque chose dans ta vie...<br /> J'ai connu des gens merveilleux qui ont vécu toute leur vie dans la familiarité de Mozart... Mais j'en ai connu aussi qui savaient les chansons de Prévert chantées par Yves Montant... Et j'en connais qui parlent corse, d'autres provençal....<br /> Je connais des gens merveilleux qui sont de grands lettrés pour ce qu'ils fréquentent la synagogue... Et des cow-boys qui ouvrent la Bible au hasard pour savoir dans quel sens doit aller leur décision à propos de ceci ou cela...<br /> Si nous parvenions à parler de cela, nous nous attaquerions vraiment à l'illettrisme... Ou plutôt nous dépasserions cette question dans un sens profitable à tout le monde...<br /> Il faut lire de façon pauvre... Ecrire de façon pauvre, comme tu le fais... C'est-à-dire au plus près de sa propre mémoire, au plus près de la mémoire de ceux de sa race et de son camp...<br /> Apprenons-leur cela.
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