Violence scolaire et scriptocentrisme

Publié le par Christian Jacomino

On parle beaucoup, ces temps-ci, de la violence à l’école. Mais, sauf exception, on n’évoque pas la stratégie d'apprentissage mise en place par les professeurs. Or, dans certains cas, cette stratégie me paraît de nature à encourager la violence, on pourrait même penser qu'elle la suscite, tandis que dans d’autres cas elle fonde un climat plus coopératif et plus harmonieux à l’intérieur du groupe.
L’enseignement scolaire se fonde trop souvent sur une attitude scriptocentriste qui génère de la violence en tant qu'elle est elle-même une attitude violente.
Cette attitude scriptocentriste, anti-naturelle, et donc violente, consiste à demander à l’enfant de mettre en jeu à l’écrit un savoir-faire artificieux (scripturaire) qui ne correspond ni à ses compétences linguistiques réelles (à savoir celles qu’il peut mettre en œuvre à l’oral) ni à sa mémoire personnelle.
Demander à un enfant de lire un texte dont on n’est pas sûr qu’il le comprendrait si on prenait la peine de le lui lire nous-même, cela me paraît une attitude peu respectueuse à son égard, et donc violente.
De la même manière, dicter à un enfant un texte dont on ne s’est pas assuré tout d’abord qu’il est capable de le lire et de le comprendre, c’est-à-dire de le paraphraser et même d’en reconstituer de mémoire certaines phrases à l’oral, cela me paraît une attitude anti-naturelle et donc anti-pédagogique.
Demander à un adolescent de disserter sur un texte littéraire quand ce texte est trop difficile pour qu’il songe à l’éloigner de sa vue une seule seconde afin de le remâcher, le méditer par la mémoire comme ont toujours fait les authentiques ‘lettrés’, cette attitude me paraît irraisonnable.
Demander à un adolescent de travailler de nombreuses heures à faire, à l’écrit, une prétendue ‘lecture analytique’ ou un prétendu ‘commentaire de texte’ d'un poème qui est une pure merveille de notre littérature, un haut sommet de la mémoire de notre langue, sans seulement lui demander de l’apprendre par cœur, une telle attitude me paraît condamnable.
De même l'attitude qui consiste à demander à des jeunes d’argumenter par écrit alors que l’on ne s’est jamais soucié de savoir s’ils étaient réellement capables de le faire à l’oral, qu’on ne leur en a jamais vraiment donné l’occasion, que l’on n’a jamais pris soin de seulement les entendre.
Celui qui sème la violence récolte la violence.
 
L’écriture est une technologie. Comme toute technologie elle doit rester, tant que faire se peut, au service de l’homme. Cela signifie pour l’école qu’elle doit seconder et enrichir la compétence linguistique des élèves et qu’elle doit servir à nourrir leur mémoire.

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Publié dans Tradition

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C
Céleste, Je serais content que vous m'écriviez à c-jacomino@voixhaute.com<br />  
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C
@ Christian<br /> pardonnez-moi d'intervenir sur votre blog en utilisant cet espace dédié aux commentaires sur votre texte, fort intéressant , mais votre e mail n'est pas indiqué<br /> mais nous nous sommes croisés sur le blog de Brigetoun et ayant cliqué sur votre nom, je me suis aperçue que nous nous connaissions.(du moins, je crois)<br /> et j'ai choisi de vous faire part de mon amusement<br /> Je vous donne un indice: Fantasques, Cap d'Ail
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B
une technologie que, sans aucun doute à tort, j'ai contourné sauf au bac en rebondissant sur le texte donc hors sujet. Tout dépendait de l'indulgence du professeur.Vous êtes plus au fait des réalités de l'école que je ne saurais l'être, pas professeur, pas parente mais tante survolant les problèmes, et ancienne élève de groupes de 16 ou 18 au plus, mais ce que vous décrivez comme souhaitable, qui est bien sur évident, est-il possible avec des classes nombreuses ?
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