Tom-Tom et Nana

Publié le par Christian Jacomino

Impossible pour ces 5 enfants qui nous étaient amenés par leur éducatrice de se supporter les uns les autres. De former un groupe. La dispute était tout de suite là, les larmes et les cris. Douloureusement incapables qu'ils étaient de supporter la plus petite frustration, et donc de choisir ensemble une activité, de trouver leurs places respectives dans cette activité. Chaque fois, à chaque instant comme un combat pour la vie. Pierre voulait qu'on lise l'album A, tandis que Martine voulait qu'on lise l'album B, et si c'était l'abum A qui était choisi, alors Martine avait le sentiment de ne plus exister, elle sombrait au fond du gouffre de la non existence, où l'adulte devait aller la chercher, d'où il devait chaque fois la remonter à grands frais.

Une détresse difficilement supportable, épuisante pour les adultes eux-mêmes qui tentaient de leur faire entendre une histoire, apprendre quatre vers d'un poème. Et pour soigner cette détresse, nous avons été très heureux de trouver une vidéo cassette de Tom-Tom et Nana. Nous disposions, au centre social La Ruche, d'une très belle et très confortable petite salle de vidéo-projection (merci à Patrice Godard et son équipe pour leur accueil). Dehors c'était la chaleur et la lumière éclatante de fin de matinée. Tandis qu'ici nous nous tenions assis côté à côté, dans l'obscurité. Nous assistions aux aventures de la famille des Dubouchon, dont le restaurant 'A la bonne fourchette' et l'appartement  qu'ils habitent au-dessus fournissent le cadre. Et nous pouvions rire ensemble. Faire quelques commentaires. Décider de nous repasser le même épisode, pour mieux le comprendre, ou seulement pour le plaisir (le nombre de fois que nous avons revu 'La nuit des Molmoks'). Je me disais, non pas, Comme ils sont délicieux / Quand ils ferment les yeux!, puisque leurs yeux, de fait, ils les gardaient ouverts! Mais, Quelle aide pour ces enfants (ils restaient bouche bée devant l'écran, on aurait dit qu'ils se nourrissaient du lait de la fiction, ou qu'on leur aurait fait du bouche à bouche pour qu'ils respirent enfin)! Et aussi, Quelle exacte et merveilleuse image de Paris est donnée là! Je serais très curieux de savoir si cette série réalisée par Alain Jaspard à partir du scénario de Jacqueline Cohen et avec les dessins de Bernadette Després s'est vendue à l'étranger. Aux USA, et en particulier à New York où il me semble qu'elle devrait faire un tabac.

Nous en reparlions hier soir, au Jonquet, où nous étions les invités d'Eliane et Michel. Nous disions, Il y a comme cela des productions culturelles qui remportent un succès commercial absolument considérable, en même temps qu'elles sont d'une qualité sur laquelle il paraît impossible de ne pas s'accorder. Or, voyons-nous qu'on en parle jamais beaucoup, à la télévision, par exemple, ou dans les journaux?

Le journal Le Monde a-t-il consacré une seule fois une page entière à Tom-Tom et Nana, à ses créatrices, aux décodage de son univers? J'aimerais le savoir.

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Publié dans Lire en atelier

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C
Pas forcément scandaleux en soi, je suis d'accord. Mais qui pose un pb pour la pédagogie de la lecture, des arts graphiques, de la narration. Il a été question de cela lors de ma soutenance de thèse, en particulier avec le professeur Francis Marcoin, dont je te recommande de visiter le site (le CRELID). La question étant: Pourquoi l'école va-t-elle chercher si loin la matière de son enseignement? Pourquoi ce dédain de ce qui est commercial, populaire, contemporain? N'est-il pas assez difficile d'enseigner le français, qu'on veuille si vite l'enseigner chez Molière?<br /> J'ai beaucoup à faire, encore, sur cette question. Il faudra m'aider.<br />  <br />  
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C
"Tom-Tom", pardon!
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C
A suivre le lien, je me rends compte que j'ai lu Tom et Nana pendant des années assez régulièrement. A Paris, chez Armelle et Raymond, lorsque Rémi était encore un petit garçon, je trouvais "J'aime lire" (et peut-être déjà avant, lorsqu'Anne était petite fille) qu'Armelle achetait pour lui, que je feuilletais et ne manquais pas alors de lire "Tom et Nana". J'ai lu Nicole Claveloux comme ça, et d'autres.Je veux dire que le fait étrange n'est peut-être pas la méconnaissance d'une oeuvre comme T&N mais l'autonomie et l'isolement de la presse enfantine, et son absence de la scène culturelle légitime. (Qui n'est pas forcément scandaleuse.)
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B
ils n'auraient pu en parler que si un journaliste avait été parent, et en même temps à même de persuader son rédacteur en chef ou chef de rubrique de l'intérêt de textes ou films (pas bien compris)  indemne de toute opération marketing. <br /> preuve que la vie ne se résume pas à l'image qui nous en est donnée - et peut être heureusement, puisque le bouche à oreille a fonctionné dans le cas présent, et puisqu'en général elle est plus riche et plus complexe qu'une version imprimée en noir et blanc
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