Immigration et droit du travail

Publié le par Christian Jacomino

[Anne ajoute un commentaire à mon billet du 1er juillet. Elle écrit si bien qu'on voudrait être aussitôt d'accord avec elle. Mais ce ne serait pas sérieux. Elle mérite mieux. Et je prends donc le risque de passer pour un réac.]
 
Quand mon père nous a entraînés d’Algérie en France, ma mère et moi, en 1955, il a commencé par vendre des cartes postales et des crayons dans la rue, puis il a fait du démarchage pour le compte d’une compagnie d’assurance, avant de se faire embaucher dans un garage Renault où il faisait des écritures. Il n’est pas resté un jour sans travailler, et pour tous ces emplois qu’il a eus, il était payé en liquide. Je revois la table de la cuisine où il venait déposer sa paye hebdomadaire. Nous étions fiers et heureux de la façon dont la France nous accueillait. Car il était bien clair pour nous que la France ne nous devait rien, et que, par parenthèse, nous ne lui devions rien non plus.
Je voudrais que ceux qui militent pour la régularisation des sans-papiers nous disent si oui ou non ils militent aussi pour la libéralisation des conditions de travail. Si c’est le cas, je les approuve. Si ce n’est pas le cas, je voudrais qu’ils me disent comment ils se représentent les conditions de vie en France de ces familles sans travail. Pensent-ils qu’elles pourront aller croupir dans des meublés sordides, voire dans la rue? Ou qu’elles devront avoir droit aussi bien à un logement décent dont elles seront dispensées de payer le loyer?
Crois bien que je serais infiniment heureux de pouvoir revendiquer avec toi et avec quelques autres (pas tous) la régularisation des sans-papiers. Mais il faudrait que nous soyons d’accord également pour dénoncer ensemble, de la façon la plus ferme, les leaders politiques irresponsables qui prêchent pour un Smic à 1500 €? Ceux-là, il me semble qu’ils n’ont jamais eu à chercher du travail, pour eux ni pour personne de leurs familles.
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Publié dans Libéralisme

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C
Anne, un point de vue d'ultra-marin, afro-guyanais. A l'instant Ali Badou recevait au Rendez-vous des Politiques Léon Bertrand, ministre délégué au tourisme depuis 2002 et maire de Saint-Laurent du Maroni. Un point de vue de droite donc mais qui a un certain nombres de titres à se faire entendre, par exemple celui de s'être opposé spontanément au sein de l'UMP au projet de loi sur les aspects positifs de la colonisation. La première partie de l'émission est consacrée, logiquement, au tourisme, c'est intéressant mais c'est la deuxième partie qui intéresse notre conversation: il parle du problème de l'immigration illégale et de l'exploitation des services publics en Guyane de façon concrète, aussi de son expérience de ministre "de couleur" (les gens qui prennent son directeur de cabinet, blanc, pour le ministre...) ou de son engagement en faveur de la "discrimination positive".
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A
Je crois que ce qui manque dans notre échange, c’est le point de vue des personnes concernées, les étrangers venus en France dans l’espoir d’y construire leur vie (merci de décrire les termes dans lesquels ce projet s’est posé à ta famille : c’est de témoignages contemporains équivalents que nous avons besoin). Bien que mon ami sénégalais ne soit pas directement concerné par les procédures d’expulsion, je vais lui demander s’il accepte de contribuer à la discussion. En attendant, j’ai simplement envie de dire que la politique du gouvernement concernant les étrangers et les enfants d’immigrés doit être critiquée sans relâche: il est possible que certains des partis qui relaient cette critique aient par ailleurs une vision irresponsable de la société, et dans ce cas il suffit de leur dire « Je m’associe avec vous pour critiquer le gouvernement, mais cela ne va pas plus loin » (n’est-ce d’ailleurs pas ce que tu tends à dire ?). C’est ainsi que j’ai pu participer aux manifestations anti-CPE, alors même que je savais pertinemment que j’y côtoyais des syndicats et des partis dont je ne partageais pas les idées. Simplement, à un moment donné, il m’a semblé que la priorité était de faire comprendre à nos élus qu’ils n’avaient pas un bilan social suffisamment positif pour s’autoriser à dire aux jeunes qu’ils devaient changer leur rapport au travail. Dire une telle chose aux lycéens et aux étudiants dans les conditions actuelles de l’enseignement secondaire et supérieur, cela m’est apparu d’une brutalité inacceptable. Si l’on dit aux gens qu’on va faire progresser la société en facilitant la mobilité des travailleurs, on peut s’attendre à ce qu’ils demandent des garanties permettant de faire la différence entre mobilité et fragilité : de telles attentes me paraissent légitimes. Qu’elles soient instrumentalisées par des « leaders irresponsables » ne diminue nullement cette légitimité.
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C
Anne a fait une réponse à mon commentaire sur son commentaire. A cause d'un problème d'interface, tu le trouveras ici: Pour mémoire: échange sur Reprises.
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