Des violences machistes
Cet après-midi, dans un salon du Négresco, réunion de représentantes de milieu associatif autour de la députée Muriel Marland-Militello. Des amies m'avaient demandé de les rejoindre. Plusieurs interventions sur le thème des femmes victimes de violences conjugales. Ces violences posent un problème historique. Le discours féministe défend l'idée selon laquelle un progrès historique est engagé qui va dans le sens de la libération des femmes. Ce qui freine cette libération tiendrait au passé. Et ce scénario me paraît plutôt convaincant dans ses grandes lignes. Mais je ne suis pas du tout sûr que les femmes victimes de violences conjugales (ou plus généralement de violences machistes) soient moins nombreuses aujourd'hui en France qu'elles ne l'étaient il y a 40 ans. Je ne suis pas en train de dire qu'elles seraient plus nombreuses, je n'en sais rien, mais il me paraît bien risqué en tout cas de poser qu'elles le seraient moins. Et je suis intervenu pour parler des jeunes filles, du savoir concernant la différence des sexes transmis de génération en génération par la tradition des contes (je pensais au Petit Chaperon rouge). Et mon propos a reçu un accueil partagé. Certaines personnes ont protesté avec vivacité. Sans doute parce que je semblais dire que, concernant le statut des jeunes filles, nous n'avions guère progressé, mais qu'au contraire peut-être un certain mode de transmission du savoir populaire s'était perdu, et avec ce mode transmission, le savoir même. Peut-être me suis-je mal fait comprendre (il faisait terriblement chaud dehors et dans ce salon la climatisation poussée à fond). Peut-être mes auditrices ont-elles pu soupçonner que je voulais que l'on recommandât aux jeunes filles la prudence, voire même l'abstention (je crois avoir rappelé que les grand-mères expliquaient jadis à leurs petites filles qu'il ne fallait pas répondre aux avances d'inconnus, que c'était là l'une de leurs fonctions principales, que la tradition des contes les aidait à remplir). Or, cet appel à la prudence, ou ce rappel à un certain ordre traditionnel, n'était pas dans mon idée (consciente). Je voulais seulement dire qu'il serait utile de remettre ces contes (et d'autres de ce type) au coeur de la relation familiale, ce que nous essayons de faire dans nos ateliers 'Bien dire'. Mais peut-être m'ont-elles bien entendu, mieux que moi, celles qui protestaient. Peut-être s'agit-il de cela aussi, en effet. De prudence. D'une certaine forme de fatalisme ('Vous ne changerez pas les loups. Aucun progrès n'y fera rien. Il est illusoire d'attendre qu'ils deviennent des agneaux'). En tout cas, j'ai trouvé réconfortant qu'une référence à Perrault puisse soulever un début de 'dispute' (fort courtoise) dans un cadre aussi prestigieux où il aurait été si facile de s'amuser, mais Madame Augier, l'oeil aigu, la tenue impeccable, veillait sur nous. Et je remercie Muriel Marland-Militello de nous en avoir fourni l'occasion.