3 arguments
Je remercie vivement Mario Périard (du Québec) d'apporter un commentaire à mon billet du 27 mai dernier, et de nous mettre en lien avec le site qu'il dirige. Et je reviens, du coup, sur mon billet d'hier.
1/ Quand je dis qu'il n'y a aucun sens à vouloir 'élever le niveau', cela ne signifie sûrement pas qu'il n'y aurait aucun sens à se montrer exigeant. Cela signifie seulement qu'il n'y a aucun sens à fixer à l'école des objectifs qui ne seront pas atteints. Il ne me paraît pas du tout nécessaire que tous les élèves pratiquent le commentaire de texte. Mais il me paraît indispensable que le plus grand nombre d'entre eux (a) parlent et écrivent correctement leur langue, (b) connaissent des poèmes, des contes et des romans écrits dans cette langue. Si un élève de troisième sait quelques fables de La Fontaine, s'il montre qu'il en a compris le sens linguistique (par exemple, en les récitant par coeur), s'il est capable d'en parler de façon sensée, je ne vois pas qu'il serait nécessaire (s'il n'en a pas le goût, s'il ne se destine pas à des études littéraires) de lui demander en plus de les commenter par écrit.
2/ Il me semble qu'il est trop tard pour une réforme de l'orthographe française dans la mesure où nos traitements de textes possèdent des logiciels de correction orthographique qui résolvent totalement le problème au niveau de l'orthographe lexicale où le besoin était le plus criant. Pour l'orthographe syntaxique, les choses sont hélas beaucoup plus complexes. La plupart des langues marquent à l'oral certaines flexions qui ne se marquent en français qu'à l'écrit. Nous voyons actuellement dans le Vieux Nice des pancartes portant la mention: A loué! Cela me paraît difficilement acceptable. Autrement dit, je ne verrais pas d'inconvénient à écrire ortograf pour orthogaphe, ou anfan pour enfant, comme le préconise Mario, à ceci près qu'aujourd'hui ce changement n'apporterait pas grand chose puisque les traitements de texte sont capables de nous guider. En revanche j'accepterais mal que certaines flexions grammaticales ne soient pas marquées. Quand je lis: Il la vu! je ne peux pas m'empêcher de me demander si le scripteur sait bien ce qu'il dit. Je n'ai pas envie d'une réforme qui nous dispenserait de nous interroger sur le sens et la valeur des mots que l'on emploie.
3/ Le français ne vaut déjà plus comme langue véhiculaire. On continuera j'espère de le parler entre soi, mais rien n'empêchera plus maintenant que la plupart des échanges sociaux de type professionnel se règlent en anglais, à l'oral et à l'écrit. En revanche, il deviendra très précieux d'avoir accès aux textes littéraires composés dans cette langue, imprimés avec l'orthographe d'époque. Cette orthographe sera comme la VO au cinéma ou comme le 'son baroque' que recherchent certains mélomanes. Or il me semble raisonnable de nous fixer comme objectif de ménager aux petits Français un accès prioritaire à cette littérature dans sa forme traditionnelle. Si nous ne prenons garde, le français sera bientôt enseigné en France prioritairement par des étrangers (qui, eux, ne s'encombreront pas de commentaire de texte, ni de dissertation, mais tâcheront plutôt de restituer à la lecture de Racine la prononciation du Grand siècle, telle que la pratique Eugène Grenn, par exemple); et j'avoue que cette dépossession m'ennuierait assez.