Du darwinisme culturel
[Suite de mon dialogue avec Michel, dans ce qu'il écrit ICI.]
Un autre point important tient sans doute à la difficile question de l'intentionnalité. La forme-bicyclette résulte d'une longue évolution dans laquelle interviennent d'innombrables mécaniciens, tandis que la Recherche peut apparaître comme le produit d'un seul (ce qu'elle n'est bien sûr pas). La technique a une façon de changer le monde qui peut être comprise, sous certaines conditions (p. ex. dans la problématique de Glenn Gould, mais aussi dans celle de Claudel), comme une façon de le sauver. La médecine ne fait pas que prolonger nos vies, celles des enfants en particulier, elle contribue de cette manière à nous rendre mieux perceptible le caractère précieux, irremplaçable de toute vie. Le point décisif tient plutôt, me semble-t-il, à ce que tu notes ailleurs à propos du darwinisme. Je soutiendrais volontiers (si j'avais le temps d'affiner la chose) le point de vue d'un darwinisme culturel (inspiré de Hayek) selon lequel le vrai progrès résulte toujours d'un procès collectif, non intentionnel.
La 'prétention hégémonique des gens de lettres' m'apparaît comme une particularité française qui tient à cela: au refus d'appliquer le darwinisme au champ culturel. En France, un bien ne peut être reconnu comme tel qu'à condition de résulter (apparemment) d'un effort à la fois intentionnel et individuel. Sinon, l'on se méfie de lui. On le compte pour rien.
C'est la fameuse question qui a bercé notre enfance et qu'on entend encore: Quelle était la véritable intention des Américains, quel but poursuivaient-ils vraiment, quand ils sont venus débarquer sur nos côtes, et soi-disant nous libérer?