Nous restons toujours les mêmes

Publié le par Christian Jacomino

[Patrick Modiano fait dire à Catherine Certitude: "Nous restons toujours les mêmes, et ceux que nous avons été, dans le passé, continuent de vivre jusqu'à la fin des temps. Ainsi il y aura toujours un petite fille nommée Catherine Certitude qui se promènera avec son père dans les rues du Xe arrondissement, à Paris." Je repensais à cela, tout à l'heure, en découvrant l'inventaire si émouvant que François Bon publie aujourd'hui dans son blog. Du coup j'ai trouvé le courage d'aller chercher dans mes archives cette vieille note.]
 
 
Je ne suis pas resté fidèle à mes idées, celles que j’avais du temps que j’étais communiste, mais était-ce bien à des idées qu’il importait avant tout de demeurer fidèle ou plutôt à d’anciens compagnons (le ton d’amitié sur lequel Francis Ponge nous parla de Bernard Grœthuysen, quarante ans après sa mort, lorsque nous le rencontrâmes en son Mas des Vergers, à Bar-sur-Loup, le 25 juin 1986. Dès l’accueil, il nous avait déclaré qu’il était devenu "très réactionnaire", une précaution qu’il devait prendre chaque fois qu’il recevait de nouveaux visiteurs). Le goût largement cultivé à cette époque pour le tango argentin, le jazz de Charlie Parker, les ciné-clubs aux séances tardives, les pique-niques syndicaux sur le bord de la mer, la cuisine arabe, les théories de Freud, l’amour libre, les Gauloises sans filtre, le journal qu’on vendait à la criée, le dimanche matin, sur la place du marché de la Libération, les doigts tachés d’encre, les affiches roulées, les bidons de colle et les pinceaux, l’odeur de craie des salles de classe de l’école publique, les vacances en Corse, une gare désaffectée sur le bord de la mer, les discussions interminables chez des amis où l’on s’asseyait par terre, le cinéma italien (Nous nous sommes tant aimés, d’Ettore Scola), le pastis, la pétanque, une ferme perdue au fin fond de la Lozère (“On buvait du pastis comme si c’était de l’eau”, Charlélie Couture), les fenêtres ouvertes les nuits d’été sur le bruit de la rue, le solex, les mamans juives rapatriées d’Afrique du nord, les médecins compréhensifs, les pâtisseries arabes, le café fumant qu’on se voyait distribuer dans des gobelets, à sa descente de car, quand on avait voyagé toute la nuit pour se joindre à une manifestation derrière Jacques Duclos (“100.000 jeunes accusent le capitalisme”), agrandi sur l’écran, le visage de Gene Tierny dans Laura d’Otto Preminger (1944), les nouvelles de Dashiell Hammet, Le Chagrin et la pitié, les cours des H.L.M.?
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Publié dans Libéralisme

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B
à la lecture de François Bon je m'y suis risquée aussi, mais je dois être trop influençable et j'ai obtenu une mauvaise copie, avec la fluidité de la phrase en moins - mais paresseusement je pense que je vais le lui envoyer et le mettre chez moi, si la chaleur me laisse la force de rester devant ma machine<br /> Chez vous il y a une jolie cohérence
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