Je me répète
F. Ponge cite, en tête de Comment une figue de paroles et pourquoi (1977): Il m'a fallu beaucoup de temps pour dire ce qu'il me revenait de dire. Tandis que d'autres l'ont fait du premier coup. Sûrs qu'ils étaient de se faire entendre. Qu'on leur en saurait gré. Et maintenant que c'est fait, je ne me priverai pas de le répéter. Aussi souvent et aussi longtemps qu'il me sera permis de le faire. Je pense avoir gagné ce droit et je ne me priverai pas d'en user. Que le monde n'est pas détestable et qu'il n'attend pas d'être sauvé par la littérature. Encore moins par les intellectuels. Les professeurs de lettres, et l'ensemble des hauts fonctionnaires sortis des grandes écoles. Non point que je veuille opposer la littérature au monde, mais au contraire pour souligner qu'elle lui appartient. Je ne crois pas à la littérature de ceux qui pensent sauver le monde, le racheter. Mais cela encore ne serait rien. Un fantasme personnel, plutôt comique. Je m'inquiête du nombre de professeurs qui enseignent dans les banlieues et sont incapables de parler de Bill Gates, de raconter sa vie comme celle d'un héros. Car ceux-là manquent à leur rôle. Balzac le leur aurait signifié vertement. Mais aussi bien Georges Sand et Emile Zola.