C'est nous les Africains

Publié le par Christian Jacomino

Très ému par Jamel Debbouze et les autres acteurs du film Indigènes de Rachid Bouchareb, qui ont obtenu ce soir, à titre collectif, le prix d'interprétation masculine du Festival de Cannes. Ils ont associé les pieds-noirs à l'hommage qu'ils ont rendu à la mémoire des leurs, ce qui était dans cette circonstance d'une élégance et d'une délicatesse étonnantes. Et ensemble, au moment de quitter la place, ils ont entonné le chant des Tirailleurs sénégalais (C'est nous les Africains...), dont je pensais qu'il n'appartenait qu'aux miens, que je chantais depuis toujours à mes propres enfants en faisant attention à n'être pas vu et entendu des autres, comme il arrive qu'on communique un secret un peu honteux.

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Publié dans Cinéma

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L
C'est avec bonheur et nostalgie que je vous avoue avoir partagé votre émotion. <br /> Et pourtant mes racines sont dans l'humus picard, terre à betteraves peu réputée, si ce n'est pour sa planitude, et, peut-être, pour ses célèbres brouillards... mais d'autres en connaissent aussi. Les brumes du passé ne sont donc pas pour nous les mêmes, et pourtant, derechef... Il reste que ma plaine est chemin de passage, et même chemin des Dames, Caverne des Dragons, ce qui nous ramène aux tirailleurs, fussent-ils ceux de 14. <br /> Et aussi, qu'à évoquer le vert feuillage de nos champs de tubercules sucriers, il me revient en mémoire le beau film de Yasmina Benguigui, "Inch'Allah dimanche", que sans doute vous connaissez : on y voit une épouse alérienne rejoindre, à Saint-Quentin, dans l'Aisne, un époux ouvrier immigré arrivé bien avant elle en France ; ce à la faveur du rapprochement familial voulu par le gouvernement Giscard à partir du milieu des années 70. On y voit le déracinement, la détresse, le défaut de repères dans un paysage si étranger, le repli sur soi, le lien parfois si difficile à maintenir, ou à renouer avec les autres familles immigrées qui vous ont précédée, lorsque celles-ci, dans leur lutte pour l'intégration, font fi de vos tentatives desespérée de rapprochement. C'est par la porte de derrière d'une maison mitoyenne, genre de coron, que cette femme gagne sa liberté clandestine, dans une course effrénée pas dessus les rangs de betteraves, justement. Porte de derrière, parce que celle de devant est jalousement surveillée par une belle-mère gardienne des traditions par delà les frontières, et oeil à domicile du mari parti pour l'usine. Cette histoire n'est bien sûr pas la mienne, il s'en faut de beaucoup. La même brique rouge, cependant, a protégé ma petite enfance, celle qui remonte aux jupes de ma grand-mère. Les mêmes champs bas et gorgés de pluie ont servi d'horizon à mes songes adolescents, le même ennui de province rurale pétrifiée de gel, assomée de chaleur continentale sous Août, a empesé mes journée de vacances, enfant... <br /> Il y a toujours moyen de se trouver une fraternité de hasard, et l'ailleurs a la même étrangeté, rétive à vous accueillir, lorsque du bled vous passez aux betteraves, que lorsque du plat pays, vous vous cognez soudain à la verticalité minérale, un peu oppressante, et à la végétation rare et sèche des Alpes, fussent-elles Maritimes.<br /> Quand à la solitude, à l'éloignement, à la perte et au manque, ils sont compagnons d'humanité parmi les mieux partagés depuis que l'homme s'est fait conquérant puis colon, et la jeune bachelière étudiante itinérante.<br /> Bien à vous, en vous remerciant une fois encore de bien vouloir partager vos enthousiasmes, et vos émotions.<br /> Laurence<br />
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