Marie-Antoinette

Publié le par Christian Jacomino

Vu le très beau Marie-Antoinette de Sofia Coppola avec Kirsten Dunst. Ce film peut se lire comme un hommage rendu à la France (on y insiste sur le soutien apporté par le roi aux insurgés américains luttant pour leur indépendance contre les Anglais). Une très digne célébration du goût français au siècle des Lumières. Mais, en même temps, il atteste que la France n'est sans doute plus aujourd'hui le lieu où le goût planétaire se forge et se décide, car on ne voit pas quel réalisateur dans notre pays (et notre langue) aurait pu le produire. La bande son, mêlant le rock à la musique baroque, est à la fois audacieuse et merveilleusement réussie. Quant à la qualité des images, elle m'a plusieurs fois fait songer au Rusty James de Francis Ford, sorti en France en 1984.

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Publié dans Cinéma

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J
Ce qui m'a ému dans le film, c'est d'abord autre chose - qui ressortit à la levée d'un tabou et correspond d'assez près à ce que J. Lacan énonçait dans son séminaire "Le savoir du psychanalyste" p.19. Je cite: <br /> "Il est tout à fait clair que les Lumières ont mis un certain temps à s'élucider. Dans un premier temps, elles ont bien raté leur coup. Mais enfin, comme l'Enfer, elles étaient pavées de bonnes intentions. Contrairement à tout ce qu'on a pu dire, les Lumières avaient pour but d'énoncer un savoir qui ne fût hommage à aucun pouvoir. Seulement, on a bien le regret de devoir constater que ceux qui se sont employés à cet office étaient un peu trop dans des positions de valets par rapport à un certain type - je dois dire assez heureux et florissant de maître, les nobles de l'époque, pour qu'ils aient pu d'aucune façon aboutir à autre chose qu'à cette fameuse révolution française qui a eu le résultat que vous savez, à savoir l'instauration d'une race de maître plus féroce que tout ce qu'on avait vu à l'œuvre jusque là."
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L
Sur le commentaire de Melissa.<br /> Solitude dans la trilogie de Sophia Coppola, oui et non. Je n'ai pas encore vu Marie-Antoinette, mais, pour les deux premiers opus, il me semble que l'on pourrait contredire qu'ils sont d'abord une peinture de la solitude. En effet, si elle est un arrière-plan - et ce terme ne me vient pas de façon anodine - dans chacun des deux,c'est peut-être pour souligner, par contraste, qu'aussi délétère que semble la situation, il est possible de lui opposer la force collective de la fratrie dans l'un, et les enjeux puissants à l'oeuvre dans la rencontre amoureuse dans l'autre. Ou alors, pour mieux dire, ce serait la peinture de la solitude partagée, la solitude et la détresse commune qui ligue - il y a une grande solidarité et une non moins grande complicité entre les soeurs de Virgin Suicide, jusqu'à l'accomplissement d'un destin tragique, certes, mais collectivement assumé et mis en oeuvre ; de même dans Lost inTranslation, la solitude de chacun des personnage est finalement propice à leur rencontre, elle est une condition, non une finalité, ou une fatalité que chacun affonterait sans pouvoir en sortir jamais. Il est vrai qu'à terme il y a la mort dans l'un, et l'inassouvissement du désir dans l'autre film. Sans doute parce que la pression familiale,ou sociale, est trop forte, et finit par l'emporter.Mais il est possible de lui resister, un temps au moins, au sein du groupe, ou au sein du couple, fût-il improbable. De ce que j'ai lu sur Marie-Antoinette, je crois pouvoir déduire que c'est encore de cela qu'il s'agit : d'une resistance, même si elle choisit mal ses armes, si les subterfuges censés permettre d'en sortir finissent par se retourner contre la Reine.<br /> Et puis il n'y a pas que la solitude, il y a aussi l'étrangeté. Les soeurs vierges sont étranges, les personnages de Lost in Translation sont désorientés parce qu'en perte de repère et d'ancrage en pays étranger ; et Marie-Antoinette fut appellée "l'Etrangère". Et pour moi, c'est cette étrangeté, ce manque à s'adapter et à se fondre dans le contexte qui précipite la perdition ou la désorientation des protagonistes de chacun de ces films, plus que la solitude proprement dite. Cette solitude ne serait plus alors la cause première d'un destin funeste, ou de l'impossibilité de mener à son terme la rencontre amoureuse et de changer son destin, mais la conséquence d'une incapacité à réduire ou résoudre cette étrangeté fondamentale. La distance à l'autre, au pays, aux normes de la vie sociale, aux règles de l'étiquette ne peut-être comblée, elle sera donc fatale (à la vie, à l'éventuelle histoire d'amour, à la réputation et à la dignité des personnages).
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M
Je suis allée voir Marie-Antoinette, et c'est troublant comme je ne me retrouve dans aucun de ces deux commentaires (je dirai même surtout pas dans celui de Baptiste, que je ne comprends pas du tout, notamment le passage sur l'amitié, que je trouve simpliste et imbuvable).<br /> C'est comme si nous n'avions pas vu le même film.<br /> Je l'ai pourtant beaucoup aimé aussi.<br /> J'y ai découvert la vie d'une d'abord toute petite fille, et d'une famille d'enfants avec un destin trop grand pour eux. La solitude de Marie-Antoinette, ses carcans, m'ont beaucoup touchée. C'est vraiment une trilogie de la solitude après Virgin suicide et Lost in Translation.<br /> J'ai vécu de très grandes émotions de cinéma.
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B
vu aussi le film hier. Je ne savais pas que vous l'aviez vu. Voilà longtemps que je l'attendais. Le film semble avoir déplu à beaucoup. Mais je l'ai, comme toi, beaucoup aimé. Les images. Versailles. La bergerie. La musique. L'opéra baroque. Je regrette que les traits d'esprit des membres de la cour relèvent bien souvent plus de l'humour à froid anglais traditionnel que  de la culture française. La langue anglaise m'a d'abord gêné, puis j'ai trouvé que les rares moments dits en français en été rendus d'autant plus jouissifs. Ce film sera insupportable en DVD. Contrairement à ce que j'ai beaucoup entendu ce film ne m'a pas semblé abandonner complètement l'approche historique au profit de l'esthétisme. Au contraire. On y comprend de façon intime la vie des cours d'Europe.<br />  <br /> J'ai lu peu après la chronique de Jean Daniel dans le nouvel obs. Il dit là qu'il n'a jamais rien admiré tant que les gens qui rompent avec leur milieu, leur famille, leur tradition, pour servir la morale, la vérité.... Je comprends bien cette admiration proche d'une morale protestante. Mais je remarque qu'elle est en opposition avec un certain mode de vie dont on retrouve la trace, me semble-t-il, dans le film de Sofia Coppola, comme, de façon différente, dans les trois mousquetaires, dans les hussards, et, de façon dégradée dans certains moments de l'épopée chiraquienne (dont on ne manquera pas un jour de faire l'éloge exagéré après en avoir fait le blâme perpétuel, comme on l'a fait pour mitterrand). <br />  <br /> Je trouve que, d'un point de vue moral, il n'est pas aisé de choisir entre celui qui garde une fidélité aux siens malgré leurs dérives, et celui qui se coupe d'eux au nom d'une justice et d'une vérité universelle. Evidemment, ce que je veux dire est facilement caricaturable. Je ne veux pas dire qu'il faille enourager des amis antisémites ou maffieux. Je dis seulement que conserver avec eux une fidélité et une amitié, malgré leurs écarts, n'est pas moins admirable, à mes yeux, que de se couper d'eux au nom de l'universel.
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