Hétéroclite et récupération

Publié le par Christian Jacomino

Dans un article paru en 1913 pour rendre compte de la publication d’Alcools, Georges Duhamel écrivait: "… il est venu échouer dans ce taudis une foule d’objets hétéroclites dont certains ont de la valeur, mais dont aucun n’est le produit de l’industrie du marchand même. C’est bien là une des caractéristiques de la brocante : elle revend ; elle ne fabrique pas..."

Deux idées: celle d’hétéroclite et celle de récupération. Visiblement G. Duhamel n’aimait pas le travail d’Apollinaire, mais il n’en percevait pas moins à son propos, avec une étonnante acuité, les deux principes fondateurs de la modernité en art (dont, par parenthèse, l’art du blog est encore l’héritier).

On songe bien sûr à la définition de l’image poétique que Pierre Reverdy devait donner en 1918:
"L’image est une création pure de l’esprit.
Elle ne peut naître d’une comparaison, mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées.
Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointaines et justes, plus l’image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique."


Jean-Patrick Manchette s’est-il jamais préoccupé de ces questions de poétique? Cela paraît peu probable. On voit pourtant que c'est autour de la notion d'hétéroclite que tourne le propos de la lettre qu'il adresse à Jean Echenoz, le 14 juillet 1983,
concernant Cherokee.

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