A propos de François d'Assise, Thomas de Celano raconte : … s’il rencontrait quelque part sur une route, dans une maison, dans une rue, un écrit divin ou profane, il le recueillait avec un grand respect et le plaçait dans un endroit sacré ou convenable, pensant qu’il pouvait contenir le nom du Seigneur ou quelque chose s’y rapportant. Et comme un frère lui demandait un jour pourquoi il recueillait si soigneusement même les écrits des païens où ne se trouve pas le nom du Seigneur, il répondit : ‘Mon fils, c’est parce qu’ils renferment les lettres qui servent à former le très glorieux nom de Dieu notre Sauveur. D’ailleurs ce qui s’y trouve de bon n’appartient ni aux païens ni aux autres hommes, mais à Dieu seul, source de tout bien.’ Chose non moins admirable, quand il faisait écrire un billet de politesse ou d’exhortation, il n’y voulait voir effacer ni une lettre, ni une syllabe même superflue ou fautive (dans I. GOBRY, Saint François d'Assise et l'esprit franciscain, Paris, Seuil, coll. "Maîtres spirituels", 1957, p. 153).
Les textes - et ceux mêmes qui sont marqués le plus fortement par le sceau de l'auteur - ne sont pas du tout refermés sur eux-mêmes, ils ne sont pas étanches, et c'est la raison pour laquelle, dans la mémoire, on vient à les confondre. L'air, ou l'esprit, circule de l'un à l'autre. Air ou esprit qui est celui de la langue. Les rend poreux. Ainsi quand on lit un peu vite, debout, le cartable sous le bras, les lunettes mal chaussées, enfoui comme dans une jungle derrière les hauts rayonnages de la librairie ou de la bibliothèque où l'on est entré peut-être parce que dehors il faisait froid, ou pour emboîter le pas à une silhouette, feuilletant les pages d'une revue littéraire, ou plus sûrement encore quand c'est sur un site web consacré à la poésie contemporaine. Passant d'un simple clic d'un texte à l'autre. Ce matin c'est sur celui de Pierre Le Pillouër où je relève : Les mots ont des formes et des consistances variables. Il suffit de les voir. Certains se présentent en grappes de sons et d’images, d’autres plus secrets ont des fruits petits qui naissent sous les feuillages. La langue est de la matière de TOUT ce qui nous entoure et nous blesse. Nous sommes la langue même...
Pas d'autre oeuvre ni extrait de l'auteur sur le site, et pas d'autre renseignement que son nom, Hector Gratk, et qu'il est né en 1978 à Amiens.