Du sujet collectif
Le 15 mai dernier je publiais sur ce blog un billet intitulé Individuel et collectif, dans lequel j’insistais sur le point à mon sens décisif selon lequel la problématique du sujet collectif hante de façon secrète mais tout à fait centrale la doctrine libérale. Je vois cette idée illustrée dans plusieurs passages de Canto-Sperber (2003), en particulier dans les tout premières pages :
Le seul fait que les hommes se voient mutuellement, qu’ils offrent leur comportement et leurs actions au regard d’autrui est à l’origine d’un remarquable processus de régulation spontanée. Les êtres humains en effet se sentent alors obligés d’ajuster leurs comportements à ce qu’ils estiment être attendu d’eux. Même s’ils se contentent de faire semblant, ils reconnaissent implicitement, par leur dissimulation même, la valeur des comportements coopératifs ; ils tiennent compte des effets de réputation et donnent malgré eux une véritable valeur civilisatrice à l’hypocrisie. Les normes qui émergent correspondent à un besoin collectivement ressenti, elles ne sont pas imposées de l’extérieur, de manière catégorique, par une autorité (p. 26).
Quand nous nous confrontons à des personnes venues des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne, c’est-à-dire de pays influencés de façon beaucoup plus directe que le nôtre par la doctrine libérale, nous sommes souvent surpris d'apprendre que celles-ci nous reprochent diverses formes d’individualisme. Étonnamment, l’importance que les anglo-américains accordent au sujet collectif, de même que le goût et la confiance qu’ils montrent à l’égard des objets techniques, les mettent plus près que nous d’une certaine tradition marxiste.
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