Des chiffres à méditer - suite
[Je réponds ici au commentaire que Michel a fait à mon post d'hier.]
Michel, Je comprends bien comme toi le résultat de l’étude de l'Insee mais la phrase que j’ai composée pour en rendre compte était si compliquée que j’ai dû la reprendre plusieurs fois. Il me semble qu’à présent elle est claire.
Par ailleurs, la confusion que tu signales est bien réelle, mais elle me semble tenir à l’interdiction que nous fait la loi de comptabiliser les personnes en fonction de leurs origines nationales, ethniques ou religieuses.
Car il est de fait que la situation n’est pas la même dans une famille où l’on parle de manière savante et avec plaisir une langue d’origine, et dans une autre où l’on ne sait plus la langue du pays d'où l’on vient, où l’on en ressent comme une honte, qui entache d’entrée de jeu le rapport que l’on a avec la langue du pays où l’on est en train de s’installer (même si c'est pour toujours).
Ce problème existait dans ma propre famille, tu t’en souviens sans doute. On ne savait plus l’italien que l’on continuait de ressentir pourtant comme la langue maternelle, et qui accepterait d'aller apprendre à l'école ou ailleurs cette lange langue 'maternelle' qu'on ne sait plus? D'où la dyslexie et la dysorthographie dont je ne finis pas de me soigner.
Je travaille depuis quelques mois avec un petit groupe de lecteurs de Lacan, et ce qui m’intéresse aujourd’hui chez l’auteur c’est la distinction qu’il permet de concevoir entre la langue et le langage.
Le sujet humain a besoin de s’ancrer solidement dans le langage. Cela ne suppose pas qu’on parlerait dans sa famille une langue très savante. Et cela suppose encore moins que l’on sache l’écrire. Ce qui est en jeu alors, ce n’est pas la linguistique qui l’énonce mais la psychanalyse. Et pourtant cela ne signifie pas qu’il n’y aurait aucun rapport entre la langue et le langage (ou entre le signifiant de Saussure et celui de Lacan). Si l’enfant est bien inscrit dans le langage, il n’aura aucun mal à apprendre une ou plusieurs autres langues. Si ce n’est pas le cas, il n’en apprendra aucune.
Et pour l’aider, ce que doit faire le pédagogue, c’est quelquefois revenir sur la langue d’origine, et si ce n’est sur la langue elle-même, à tout le moins sur la mémoire de cette langue (i.e. ce qu’elle contenait d’histoire familiale et communautaire).
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