Réponse à François Bon
[François Bon publie à la date d'hier, sur son blog, le texte d'un échange qu'il a eu avec Elisabeth de Closel (Enseignement catholique actualités) à propos des ateliers d'écriture. J'y ajoute ce commentaire:]
Dans la forme "atelier d'écriture" qu'il m'est arrivé de pratiquer avec toi (c'était en 2000, tu t'en souviens peut-être, au lycée Tocqueville de Grasse), la lecture occupait une place importante. Celle d'abord des auteurs que tu apportais, que tu mettais sur la table, que tu nous donnais en pâture pour que nous nous en nourrissions. Et c'était chaque fois la partie du travail qui m'intéressait le plus. Il y a eu ainsi, en particulier, le personnage de Julien Gracq que tu évoquais, marchant le soir sur les rives de la Loire, ou assis sur un banc, évocations que tu faisais en contrepoint et par interruptions de la lecture que tu nous donnais d'un passage tiré de lui. Et j'aurais aimé que nous nous attardions là-dessus. Qu'il nous soit davantage possible de partager ces textes (Corpus Christi) avec toi et entre nous. Et je vois dans la frustration que j'ai ressentie alors, l'incitation décisive qui m'a fait développer ensuite mes propres ateliers de lecture. Ceci pour te dire que j'ai conservé un souvenir précieux de l'expérience faite auprès de toi. Mais ne t'est-il jamais arrivé, poussé (ou retenu) par le groupe, d'en rester à ces textes que tu apportes? N'as-tu jamais oublié de les faire écrire?
Autrement dit: Est-il bien sûr qu'on ne s'exprime pas tout autant en lisant les textes des autres qu'on ne fait en écrivant soi-même, quelquefois, à condition de lire d'une certaine façon qui suppose un public et l'engagement de tout son corps?
Ou encore: N'est-ce pas la particularité des grands textes que de nous permettre de nous exprimer nous-mêmes quand nous les lisons, pourvu que ce ne soit pas seulement du bout des yeux?
J'aimerais avoir ton sentiment là-dessus,
Amitiés.