Méthode syllabique ou phonétique?

Publié le par Christian Jacomino

[Vince a ajouté hier un commentaire à un billet publié ici le 20 mai dernier. L'occasion de revenir sur le débat qui se développe à propos des méthodes d'apprentissage de la lecture.]

Ce que vous notez là est exact, mais l'argument peut se retourner. M. de Robien confond la méthode syllabique (bien contestable) avec une approche syllabique qui, elle, me paraît s'imposer au début de l'apprentissage de la lecture (soit en GS de maternelle et au CP). Hélas, cette approche phonétique me paraît bien ignorée par les professeurs eux-mêmes. Demandez-leur combien nous avons de voyelles en français, et vous verrez que la très grande majorité d'entre eux confond les lettres et les sons. Or, je ne pense pas, en effet, que l'on puisse bien apprendre à lire (et écrire un jour) sans passer par une prise de conscience de la segmentation phonétique des mots. Sans bien poser que l'écriture alphabétique code des sons. Qu'en français un son peut être codé par une lettre ou par plusieurs, que la même lettre peut coder des sons différents et que le même son peut être codé par des lettres différentes. Si ce travail était fait et bien fait dans les classes, il me semble que l'apprentissage de la lecture donnerait de bien meilleurs résultats, ce qui dispenserait M. de Robien de se livrer à ces rappels à l'ordre quelque peu maladroits et autoritaires. Autrement dit, je trouve que la profession est peut-être malvenue de faire comme si, sans les déclarations intempestives du ministre, ma foi, tout irait pour le mieux au royaume de l'apprentissage de la lecture.

J'ai sous les yeux le merveilleux petit livre intitulé Apprendre à lire que l'Observatoire national de la lecture publiait en 1998. Dans son introduction, Alain Bentolila y indique:

On apprend à lire en élucidant consciemment les règles conventionnelles qui régissent le code écrit: la composition alphabétique des mots dans leur relation avec la composition phonique (p. 18).
Les auteurs insistent tout au long de l'ouvrage sur la complexité des correspondances entre sons (signes phonétiques) et lettres (signes écrits) et ils terminent par une suite de 'Recommandations', parmi lesquelles je relève:

3. Le décodage graphophonologique est la procédure dominante de reconnaissance des mots écrits en cycle 2. Il passe d'abord par l'acquisition du principe alphabétique, moment crucial de l'apprentissage...

4. L'acquisition du principe alphabétique et celle des correspondances graphophonologiques font l'objet d'un enseignement explicite, et ne s'obtiennent pas par simple exposition à la langue écrite (pp. 211-212).

Cet enseignement explicite que l'Observatoire national appelait de ses voeux est resté négligé. Et la raison de ce refus, ou de cette surdité, tient selon moi à ce que les professeurs d'IUFM chargés de la didactique de la lecture sont, dans l'immense majorité des cas, des agrégés de lettres, ignorants des questions de linguistique et de psychologie expérimentale, et que ces questions ennuient.

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Publié dans Orthographe

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C
Ce billet met bien au point ta position sur cette question et m'aide à mieux comprendre tes précédents billets sur la question.L'émission "Du grain à moudre" de la semaine dernière "Quelle méthode de lecture ? : la liberté de l'enseignant", avec Alain Bentolila, est toujours disponible sur le site de France-Culture:http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/grain/fiche.php?diffusion_id=46281
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F
Je n'ai pas trop l'habitude de défendre l'IUFM, mais pour le coup, en tout cas à Nice, ce n'est pas le cas.<br /> Tous les décodages sont présentés et des maîtres-formateurs participent aux cours pour présenter les pratiques du terrain, qui ne négligent pas du tout cet aspect des choses, surtout au CP. <br /> C'est un mauvais procès et une polémique désastreusement dévastatrice que nous fait vivre le ministre autour de ces méthodes. Le problème de fond n'est vraiment pas là.
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