T. Todorov et l'enseignement des lettres, 2

Publié le par Christian Jacomino

La revue Le débat consacrait son numéro 135 de mai-août 2005 à la question Comment enseigner le français? Et déjà l'on y trouvait un long article de T. Todorov défendant la même position qu'il défend aujourd'hui. J'avais été admiratif de la clarté et de la vigueur de son argumentaire, mais en même temps un peu surpris. Si T. Todorov lui-même, me disais-je, champion incontesté de l'analyse structurale et longtemps membre de la Commission des programmes, ne défend pas l'enseignement des lettres tel qu'il se pratique aujourd'hui, qui donc le fait?

Car cet enseignement ne plaît pas aux élèves, dont on voit qu'il les décourage massivement de choisir la filière littéraire au bac. Et il plaît encore moins à leurs parents, qu'il exclut d'une manière qu'on croirait volontaire du chantier des apprentissages (reculez, quant à vous, vous n'avez rien à faire ici). Or, voilà qu'il ne remporte pas non plus l'adhésion des spécialistes, qu'il s'agisse d'un éminent académicien plutôt 'conservateur' comme l'est M. Fumaroli, ou d'un incontestable romancier plutôt 'progressite' comme l'est Eric Orsena. Pas plus que du 'poéticien' hyper-moderniste T. Todorov.

Ainsi donc, aujourd'hui - et depuis longtemps déjà - la question n'est plus de savoir qui critique ce système, mais plutôt de savoir qui le défend.

Et cette question se ramène à celle d'un déficit de démocratie. Comment, dans une société comme la nôtre, un système d'enseignement peut-il se perpétuer sans avoir le soutien de (presque) personne? En reposant sur la détermination intransigeante de 'quelques professeurs isolés', nous dit T. Todorov (2007, 18).

Ces 'quelques professeurs' ne sont pas seulement 'isolés'. Ils sont aussi anonymes. Des gens postés au coeur de la machinerie bureaucratique, plutôt mal payés. Qui officient à l'ENS, voire dans quelques IUFM de la banlieue parisienne, et ne recherchent aucun avantage pour eux-mêmes. Ni la gloire, ni l'argent. Avec cela, intouchables.

Voir aussi Deux grandes traditions éducatives

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