Deux inconvénients du code orthographique

Publié le par Christian Jacomino

[En réponse au billet de Cerca intitulé Labiche, l'orthographe et l'âme.]

La particularité de l'écriture alphabétique - ce qui lui a valu son succès planétaire - consiste en ce qu'elle code pour la vue le signifiant sonore sans aucune prise en compte du sens. Si nous nous en tenons à l'échelle du mot, historiquement ni logiquement, elle n'a d'autre fonction que celle, secondaire, de coder la parole.

Ensuite il se trouve que la langue orale évolue, en particulier du point de vue phonologique, au fil du temps, tandis que l'orthographe des mots est de plus en plus codifiée, cela depuis l'invention de l'imprimerie puis sous l'influence de l'école qui devient obligatoire dans la seconde moitié du 19e siècle.

Du coup, le mot écrit apparaît bien souvent comme un vestige. Pour les gens très instruits, ce vestige peut n'être pas dépourvu de charme. D'une certaine façon, on peut dire alors, en effet, que l'écriture remplit une autre fonction que celle de coder la parole vivante (actuelle). Mais c'est une fonction qu'elle remplit par défaut d'adaptation.

Les personnes très instruites trouvent du plaisir et sans doute aussi un réel profit intellectuel à contempler ces vestiges (qui les renseignent sur le passé de la langue, ou simplement le leur évoquent). Et c'est ce qui les conduit à s'opposer, le plus souvent, aux projets de réforme radicale. Le décalage qui ne cesse de se creuser entre les formes orales de la langue et le système orthographique présente pourtant deux graves inconvénients.

Le premier est le mieux perçu, le plus souvent évoqué, et se situe sur le versant de l'écriture. Il est très difficile d'écrire correctement le français. Un professeur d'école élémentaire, de collège, de lycée et même d'université ne peut pas exiger que ses élèves viennent à bout de l'orthographe des copies qu'ils lui remettent. Il ne peut pas dire "Les irrégularités orthographiques sont admises dans vos copies de la même manière que Madame de Sévigné les admettait dans ses propres lettres", et il peut pas dire non plus "Je regarderai les erreurs d'orthographe comme des fautes d'expression". L'orthographe française maintient les meilleurs élèves (ainsi d'ailleurs que beaucoup de professeurs (dont moi-même)) dans l'ordre de l'à peu près. Mais Claire Blanche-Benveniste et André Chervel ont tout dit sur ce point dès 1969 (L'orthographe, éd. Maspero). Et aujourd'hui, hélas, nous n'en sommes plus là.

Car notre système orthographique présente un second inconvénient dont on parle beaucoup moins - sans doute parce qu'il ne touche pas les personnes très instruites. Celui-ci se situe sur le versant de la lecture. Notre ministre de l'éducation nationale s'est assez plaint, ces derniers temps, que nos élèves apprenaient à lire selon la méthode dite 'globale'. Les enseignants lui ont répondu que la méthode globale n'était plus pratiquée depuis bien longtemps. L'observation montre que les élèves le plus en difficulté sont ceux qui s'en tiennent à une identification globale des mots, même si l'on a tenté de leur apprendre à lire par voie d'assemblage.

Notre système orthographique a pour conséquence que la voie d'assemblage est beaucoup trop difficile pour permettre à une proportion grandissante d'élèves de maîtriser la lecture-écriture. Beaucoup d'enfants et d'adolescents semblent n'accéder jamais à la dimension interne du mot. Ils utilisent les mots (ou les groupes de mots plus ou moins agglutinés) comme des jetons. Et en cela notre système orthographique constitue sans doute le premier facteur d'illettrisme.

L'illettrisme existe ailleurs aussi. Mais à fréquentation scolaire égale, on ne voit pas qu'il puisse être aussi important en Espagne ou en Italie. Quant aux Allemands, ils se sont engagés dans une entreprise de réforme de l'orthographe qui paraît assez considérable.

Un jeune étranger qui apprend à lire en Allemagne apprend mieux, aujourd'hui, ce faisant, l'allemand à l'oral. Je veux dire que l'écriture de l'allemand lui apprend à mieux le prononcer (et donc à pénétrer dans la dimension interne des mots). L'expérience montre qu'un enfant issu de l'immigration peut passer plusieurs années à apprendre à lire le français sans faire beaucoup de progrès dans sa façon de le prononcer.

Publié dans Orthographe

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pepe 12/04/2007 02:49

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