Les logiciels d’apprentissage du français (lecture et écriture) se sont imposés un peu partout sans pourtant nous convaincre. Leur utilité n’est pas douteuse mais elle tient seulement à la vitesse d’exécution qu’elle permet de la part de l’élève. Là où celui-ci suait sang et eau pour faire un exercice de quelques lignes, l’ordinateur lui permet de se livrer à de véritables marathons. Mais cette technologie informatique ne touche pas à l’essentiel, qui consiste dans l’écrasement de l’oral, pas toujours bien maîtrisé, par un écrit qui serait censé s’étayer sur lui. On peut même penser que, dans ce cas, l’informatique aggrave l’enfermement de l’élève dans un rapport strictement visuel, silencieux et solitaire à la ‘chose écrite’. Tout se passe comme si les logiciels d’apprentissage du français avaient été conçus pour remplacer les professeurs. Dans cette mesure, nous pouvons nous attendre à ce qu’ils accompagnent, dans les décennies qui viennent, la montée de l’illettrisme. Pas qu’ils nous aident à l’enrayer.
Mais sans doute est-il possible aujourd’hui de donner aux technologies de l’information et de la communication une autre place. Il s’agira qu’elles interviennent non plus en marge du groupe que forment les élèves autour du maître, mais au cœur même de son fonctionnement. On peut souhaiter et faire en sorte qu’elles s’intègrent ainsi dans un espace de parole. Leur rôle consistera alors à permettre l’alternance toujours plus souple, plus rapide et mieux contrôlée, des activités de lecture orale et d’écriture.
La meilleure activité d’apprentissage de la lecture-écriture est celle qui consiste pour l’élève à copier de mémoire des mots-formes que le maître lui dicte, extraits d’un texte que lui-même (l’élève) a pu lire et relire, silencieusement et à voix haute, mais qu’il n’a plus à présent sous les yeux.
Ce type d’activité correspond à ce qui se pratique traditionnellement dans les classes en masquant et démasquant un texte écrit par le maître au tableau et, du côté élèves, grâce à l’utilisation des ardoises selon le procédé dit ‘La Martinière’. Pour améliorer la rentabilité de ces activités, les TIC devraient permettre au professeur
1) de contrôler de la manière la plus souple et la plus précise les apparitions-disparitions du texte étudié;
2) de prendre connaissance en temps réel des réponses écrites par tous les élèves du groupe, réponses qu’il pourra commenter oralement (en demandant notamment si telle forme existe bien en français, et si oui, dans quel contexte phrasique elle apparaît) et en fonction desquelles il décidera de dicter d’autres mots, dont certains ne seront pas nécessairement extraits du texte, mais choisis en illustration d’une règle de correspondance graphophonologique ou d’une règle de grammaire, avant de revenir au texte lui-même et de terminer avec lui;
3) de garder en mémoire un compte exact de toutes les réponses fournies par chaque élève, et donc de toutes les erreurs, grâce à quoi il lui sera possible de prescrire des exercices systématiques adaptés à chacun.
Mais ceci n’est-ce pas précisément ce qui devient possible grâce l’utilisation des tableaux blancs interactifs?
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