à Jacques Roubaud

Publié le par Christian Jacomino

Je suis allé dans plusieurs classes, ces derniers jours, avec pour bagage le poème de Jacques Roubaud intitulé Le crocodile. Dans ce poème, il est question de 'beignets de banane au mil' (qu'Odile mange en se promenant sur la grève), et très souvent les enfants ont lu 'beignets de banane au miel'. Pour leur faire comprendre leur erreur, j'écrivais 'miel' au tableau mais je voyais que je ne les convainquais pas. J'avais le sentiment que, pour eux, la différence d'écriture n'impliquait pas nécessairement que ces deux mots dussent être lus de manière différente. En somme, il me semblait qu'à leurs leurs yeux je faisais beaucoup de cas d'une différence bien mineure. Pour peu ils m'auraient dit, Oui, sans doute, J. Roubaud écrit 'mil' (si, du moins, tu ne t'es pas trompé en copiant son texte), mais aussi bien il pense 'miel' (et, en effet, des beignets de banane au miel, ça doit bien exister et être assez fameux).

Je songeais, mauvais comme je suis, Voilà une belle illustration du peu d'importance que le milieu familial et social leur a appris à accorder aux détails, et un exemple du mauvais tour que cette négligence est capable de leur jouer sitôt qu'il s'agit de lecture. Pour nous, ceux de ma génération, s'il y avait écrit 'miel', c'était 'miel', et s'il y avait écrit 'mil', c'était 'mil' (même si nous savions très bien ce qu'est le miel et ignorions ce qu'est le mil). Mais ensuite, une autre idée m'est venue à l'esprit dont je m'étonne à présent qu'elle n'y ait pas germé auparavant. Je vous la livre.

Ces enfants, bien sûr, sont pour l'immense majorité d'entre eux issus de l'immigration, le français qu'ils parlent est pour eux une langue étrangère (ou, comme on dit, 'seconde'), ce qui fait une énorme différence entre eux et les enfants du même âge que nous étions à l'école élémentaire de la rue Vernier (Nice) entre 1955 et 1960. Mais considérons en outre qu'à l'époque que je dis, nous ne lisions rien (ou presque rien) qui ne soit écrit en français, tandis que quant à eux ils apprennent à lire en regardant ce qui se trouve imprimé sur leurs boîtes de céréales, sur les affiches publicitaires, où très souvent il s'agit de mots anglais, c'est-à-dire de mots écrits dans un système de  correspondances graphophonologiques très différent du nôtre.

Après tout, en effet, il n'est pas beaucoup plus aberrant pour un français de lire 'miel' là où il voit écrit 'mil' (ou l'inverse), que de devoir lire 'ouikinde' là où il voit écrit 'week-end'.

Ainsi, là où j'avais cru reconnaître d'abord une sorte d'indifférence coupable à l'égard des détails (attitude qu'un instituteur de ma génération a bien du mal à ne pas assimiler à une faute morale), il me semblait voir à présent comme la conséquence d'un effort d'adaptation quelque peu chaplinesque (encore qu'il s'exerçât dans l'ordre de la parole) et donc parfaitement sympathique. 

Publié dans Orthographe

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Geneviève 11/12/2010 15:38



J'ai aussi appris à lire avec la méthode Macoco. J'ai un souvenir merveilleux de ce livre et de cette méthode. Je l'ai cherché aussi sans succès ... quel dommage. Que de rêves nés de ce livre où
l'aviateur Emile emmenait Macoco visiter le monde ...  Comme j'aimerais le retrouver. Nous aimions lire et découvrir le monde à une époque sans télé.



Le Galès Yannick 26/11/2010 16:45



Nous
apprenons à lire en grande section. Chaque soir, comme nous mettons notre manteau, Mademoiselle FALISSARD nous demande de mémoriser une lettre. Le « m », c’est trois petites cannes qui
vont ensemble, le « n », seulement deux. Le « s » ressemble à un serpent, le « v » à un oiseau qui vole. C’est facile. Bientôt, nous savons lire. Et un beau jour, la
maîtresse nous distribue une merveille, un livre de lecture, tout en brun et vert. Son titre est « MACOCO ET SA MAMAN MAMADI ».  Nous
plongeons en Afrique. Les bons blancs aiment les bons noirs. Emile, l’aviateur, pose son appareil entre les cases, sur la place du village. Il emmène Macoco en avion, la maman de Macoco pile le
mil. La vie est là, calme et tranquille. Que nous aimons lire, nom de nom. Depuis quelques années, nous cherchons ce livre partout, chez les bouquinistes parisiens ou chez ceux de Madagascar, qui
se sont fait une spécialité dans les vieux livres de classe français. Il est introuvable. Nous avons cherché sur Internet, dans un groupe de discussion pédagogique. La seule réponse que nous
ayons obtenue est « Moi aussi, je le cherche ». Insaisissable Macoco. A Tananarive, nous avons trouvé quelques perles, dont une méthode de Français pour les écoles d’Afrique, par
l’Inspecteur diocésain XXX : « Les cases que construisent les noirs ne sont pas solides… ». Quant à nous, nous aurions bien voulu habiter dans la case de Macoco…



isabelle 23/03/2010 21:32


Voilà ce que j'ai appris à la maternelle en 1966 : Macoco est un petit enfant noir . Il vit dans une case avec son papa Sambo et sa maman Mamadi . Mamadi pile le mil . Macoco a un ami , Emile .
Emile est aviateur ... Il y a environ 5 ans j'ai parlé à un enseignant du Burkina Faso qui m'a dit que cette méthode de lecture était encore utilisée dans son pays !


marlene 15/02/2010 01:33


je suis de 1984 et jai apris a lire grace aux aventure de macaco.
le pere etait sambo, le fils macaco, la mere mamadi qui faisait le mil, le singe gobi.
je confirme !
je connais lol ct bien pour apprendre a lire


haliotie 23/12/2009 23:53


mais qui sait retrouver mme blanc???