Vendredi 2 juin 2006

[J'interviens de nouveau à la suite de L'invitation: Rebollar contre Berlol publiée chez François Bon.]

Oui, Fabienne, c'est bien quelque chose comme cela que j'essaie d'indiquer. La scène littéraire a complètement changé depuis l'écroulement du communisme et l'apparition d'Internet. Personne n'attend plus aujourd'hui que les auteurs se conduisent comme les prophètes, ou les 'intellectuels', dont la mission consistait naguère à dire le vrai sur le monde, de façon toujours un peu paradoxale, il fallait bien se vendre, et à éclairer la voie du peuple vers le fascisme ou le communisme. Personne aujourd'hui n'a plus envie de croire. La littérature n'est plus ni ne sera plus la religion de ceux qui n'ont pas de religion. Nous formons aujourd'hui un peuple de lecteurs connectés en temps réel, oui, quelque chose comme ce que Deleuze et Guattari appelaient un Rhizome, et nous forgeons ensemble, de manière hautement anonyme et démocratique, non seulement l'opinion mais le goût de notre temps. Et bien sûr que certains voient la chose d'un mauvais oeil, ceux qui visaient à devenir calife à la place du calife (je veux dire grosso modo à la place de Sartre et Beauvoir, dont on tient absolument à nous expliquer qu'ils ont été les plus grands intellectuels du 20e siècle), ou pouquoi pas encore à la place de Céline? On en trouve beaucoup que Sartre et Céline ne dégoûtent pas, et qui se verraient bien prendre leurs places (un peu d'Occupation arrangerait leurs affaires, raison pour laquelle ils ne cessent de guetter et secrètement espérer la prétendue 'montée de Le Pen'). Tandis que d'autres, déjà, comme François Bon remplissent un rôle tout à fait différent, à la fois de pédagogues et de performers, de 'suscitateurs' aurait dit Francis Ponge. Un rôle démocratique. Mais pourquoi tout cela est-il si difficile à dire?

Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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Commentaires

En blogant sur l'affaire Bozonnet, je tombe sur cet article d'Attali qui met Sartre en ligne avec Céline et Heidegger:
"Par exemple, il faut lire Martin Heidegger, Louis-Ferdinand Céline, Albert Camus ou Jean-Paul Sartre en pensant à leurs vilenies ou à leurs lâchetés et en les comparant à ceux qui, comme Marc Bloch, écrivaient aussi des livres magnifiques tout en se battant, jusqu'à la mort, contre le mal."
Commentaire n°1 posté par Cerca le 23/07/2006 à 21h08
J'ignore quelles vilenies Albert Camus a pu commettre. Si J. Attali n'indique pas lesquelles, c'est qu'elles doivent être bien connues, mais quant à moi, je ne vois pas de quoi il veut parler. Quant à l'église de scientologie, je ne sais pas très bien non plus ce qu'on lui reproche. Le mot de 'secte" paraît suffire en France pour condamner une organisation de type religieux. Je ne partage pas cette vision.
Commentaire n°2 posté par Christian Jacomino-De Santis le 23/07/2006 à 21h27
Marrant (?): en te mettant cet extrait j'ai complètement skippé Camus! Quant à l'église de scientologie, je suis tombé dimanche, via le blogue de Bauberot, sur cette information dont Baubérot remarque très justement qu'elle n'a eu à peu près aucun écho dans les médias: condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
Commentaire n°3 posté par Cerca le 25/07/2006 à 19h05
Oui, Liberté Chérie a déjà publié des choses intéressantes sur cette question. Voir, par exemple, CECI
Commentaire n°4 posté par Christian Jacomino-De Santis le 25/07/2006 à 19h17

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