Jeudi 27 juillet 2006

Technaute.com indique que: "Si l'on en croit l'institut Pew Internet and American Life Project, les jeunes délaissent le courriel au profit de la messagerie instantanée." [Lire la suite...]

Le courriel classique est un moyen de communication terriblement efficace, même s'il n'est pas d'une utilisation très facile, et même si en France, parmi les professeurs et les élèves, je ne le vois pas se diffuser très vite. Il y a ceux qui maîtrisent ce moyen et ceux qui ne le maîtrisent pas. Quand on maîtrise le courriel on a envie de travailler avec ceux qui le maîtrisent aussi, et on a tendance à laisser de côté les autres. Raison pour laquelle il me semble urgent et imporant d'initier les élèves. La messagerie instantanée peut-être une bonne introduction. Mais je pense que beaucoup de relations d'affaires continueront de se nouer par courriel.

D'un point de vue linguistique, ceux qui pratiquent le courriel se partagent en deux catégories inégales: (a) le tout petit nombre de ceux qui ont une maîtrise infaillible de la langue et de son orthographe, (b) l'immense majorité de ceux qui, comme vous et moi, ne sont pas infaillibles mais l'assument. Autrement dit, si vous faites honte à un enfant des erreurs de langue et d'orthographe qu'il peut commettre, vous le dissuadez à jamais d'écrire des courriels, et vous l'incitez du même coup à se rabattre sur la messagerie instantanée où il se fera un devoir de contrevenir aux règles de l'orthographe, où il prendra un soin extrême d'écrire comme ses correspondants, à savoir dans un système pas même phonétique [ou k, par exemple, vaut pour qu'à, alors que, selon les règles de la phonétique, il devrait valoir aussi bien pour qu'au, quand, qu'on, etc...].

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Orthographe
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Mercredi 26 juillet 2006
[Il fait très chaud et la cour de l'école est en travaux. Il y a donc du bruit. Mais nous prenons beaucoup de plaisir à être ensemble. Ce matin nous avons commencé par le poème de Rimbaud, intitulé Enfance. Puis, nous avons écrit à notre tour en nous inspirant de ce modèle. Et cela a donné les deux petits textes que voici.]
 
Dans la forêt magique, il y a des fleurs qui brillent sur une planète en forme de fleur et un lac bleu ciel avec des sirènes.
Il y a une méduse qui sert de trampoline aux autres animaux.
Il y a des châteaux habités par des poissons.
Il y a des fleurs extraordinaires qui ont des rêves magnifiques et des feuilles merveilleuses.
Il y a des nuages en barbe à papa qui vous colle aux dents.
Il y a au fin fond de cette forêt une sorcière.
Il y a enfin de la pluie, mais pas comme les autres, puisque c’est une pluie de sable.
 
 
 
Dans la forêt magique, il y a une sorcière qui s’appelle Grimini, elle s’envole à cheval sur son balai.
Il y a un lapin qui fait sortir de son chapeau un magicien.
Il y a des arbres avec des nids d’oiseaux qui chantent.
Il y a des arbres vivants
Il y a des papillons qui se promènent sur les chemins.
Il y a un écureuil qui mange des noisettes.
Il y a enfin un lac avec des poissons volants qui mangent les serpents.
Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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Dimanche 23 juillet 2006

Début demain d'un nouvel atelier de type 'La balle au bond'. Il s'agira d'un atelier bilingue français-anglais. Il accueillera une dizaine d'enfants que j'ai hâte de découvrir. D'après leurs fiches d'inscription, ils sont d'âges très différents (9-14 ans) et tous, semble-t-il, d'un excellent niveau scolaire. Pour le corpus français, j'ai prévu Catherine Certitude de Modiano et Sempé.

Je ne sais pas ce que lui-même en dirait, mais quant à moi je considère Catherine Certitude comme l'une des réussites les plus inconstestables de Patrick Modiano. Or, cet ouvrage présente trois caractéristiques qui donnent à réfléchir.

Primo, nous sommes dans le domaine de la littérature de jeunesse. Je ne veux pas trop m'étendre aujourd'hui sur ce point, mais nous devons nous souvenir qu'il y a eu débat, en France, quand les programmes officiels de l'éducation nationale de 2002 sont parus, et plus particulièrement les textes d'accompagnement concernant l'enseignement du français, pour savoir si la littérature de jeunesse doit être regardée comme de la (vraie) littérature. Or, il me paraît urgent de se rendre à l'évidence que, non seulement les 'grands' textes destinés à l'enfance et la jeunesse font bien partie intégrante de notre patrimoine littéraire mais qu'en outre, parmi les chefs-d'oeuvre de la littérature romanesque, du moyen âge à nos jours, la proportion de textes destinés à l'enfance et la jeunesse est plus que significative (tendant à indiquer qu'il existe un rapport essentiel entre le roman comme genre littéraire, et l'enfance et l'adolescence comme âge de la vie).

Secondo, Catherine Certitude est un ouvrage écrit en collaboration. Tout se passe chez nous, en France, comme si l'unicité de l'auteur était une condition de sincérité, d'authenticité et, par suite, de qualité de l'oeuvre d'art. Or, il apparaît ici de toute évidence que ce n'est pas le cas. On ne trouvera rien de plus évidemment personnel, dans l'oeuvre de Modiano comme dans celle de Sempé, que ce petit roman. Dans les arts audiovisuels, l'oeuvre est ordinairement le produit d'un travail collectif, tandis que ce n'est pas le cas (encore) avec la littérature. On peut définir la littérature romanesque comme l'art qui se cramponne aujourd'hui encore à un mode de production individuelle en vue d'un mode de consommation tout aussi individuelle. Or, c'est peut-être cela précisément qui marque sa limite. D'ailleurs si le texte n'était pas publié, à savoir si plusieurs personnes déjà ne l'avaient pas lu avant moi, et n'avaient pas décidé de dépenser de l'argent pour l'éditer, dans l'immense majorité des cas, je m'abstiendrais de le lire.

Tertio, concernant Catherine Certitude, la collaboration de deux auteurs donne lieu à une oeuvre bi-dimensionnelle, écrite et dessinée. Et, dans ce cas, la collaboration est si étroite et si parfaite qu'on ne sait pas toujours si c'est le dessin qui illustre le texte ou l'inverse, ce qui rend particulièrement forte et évidente la distinction entre l'histoire (soit la diégèse de Genette), qui appartient indistinctement aux deux 'auteurs', et le récit qui se partage entre une partie écrite et une partie dessinée.

Ces trois caractéristiques que je note, je suis bien conscient que Catherine Certitude les partage avec d'innombrables autres ouvrages. Mais il me semble que nous atteignons dans ce cas une position limite. Car je ne vois pas qu'on publiera jamais le texte de Modiano sans les illustrations de Sempé. En même temps que je vois que l'ouvrage est d'abord paru en 'Folio Junior' (1988), c'est-à-dire dans une collection expressément destinée à la jeunesse, tandis que son éditeur (Gallimard) le propose à présent en 'Folio' (tout court) qui est une collection de 'vraie' littérature.

J'ajoute que nous ferons, à partir de demain, un usage nouveau, en tant qu'il sera collectif, d'un ouvrage d'un type nouveau - sorte de comédie musicale, à mi-chemin de Raymond Queneau et Leonard Bernstein, contenue dans un livre.

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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Samedi 22 juillet 2006

Impossible pour ces 5 enfants qui nous étaient amenés par leur éducatrice de se supporter les uns les autres. De former un groupe. La dispute était tout de suite là, les larmes et les cris. Douloureusement incapables qu'ils étaient de supporter la plus petite frustration, et donc de choisir ensemble une activité, de trouver leurs places respectives dans cette activité. Chaque fois, à chaque instant comme un combat pour la vie. Pierre voulait qu'on lise l'album A, tandis que Martine voulait qu'on lise l'album B, et si c'était l'abum A qui était choisi, alors Martine avait le sentiment de ne plus exister, elle sombrait au fond du gouffre de la non existence, où l'adulte devait aller la chercher, d'où il devait chaque fois la remonter à grands frais.

Une détresse difficilement supportable, épuisante pour les adultes eux-mêmes qui tentaient de leur faire entendre une histoire, apprendre quatre vers d'un poème. Et pour soigner cette détresse, nous avons été très heureux de trouver une vidéo cassette de Tom-Tom et Nana. Nous disposions, au centre social La Ruche, d'une très belle et très confortable petite salle de vidéo-projection (merci à Patrice Godard et son équipe pour leur accueil). Dehors c'était la chaleur et la lumière éclatante de fin de matinée. Tandis qu'ici nous nous tenions assis côté à côté, dans l'obscurité. Nous assistions aux aventures de la famille des Dubouchon, dont le restaurant 'A la bonne fourchette' et l'appartement  qu'ils habitent au-dessus fournissent le cadre. Et nous pouvions rire ensemble. Faire quelques commentaires. Décider de nous repasser le même épisode, pour mieux le comprendre, ou seulement pour le plaisir (le nombre de fois que nous avons revu 'La nuit des Molmoks'). Je me disais, non pas, Comme ils sont délicieux / Quand ils ferment les yeux!, puisque leurs yeux, de fait, ils les gardaient ouverts! Mais, Quelle aide pour ces enfants (ils restaient bouche bée devant l'écran, on aurait dit qu'ils se nourrissaient du lait de la fiction, ou qu'on leur aurait fait du bouche à bouche pour qu'ils respirent enfin)! Et aussi, Quelle exacte et merveilleuse image de Paris est donnée là! Je serais très curieux de savoir si cette série réalisée par Alain Jaspard à partir du scénario de Jacqueline Cohen et avec les dessins de Bernadette Després s'est vendue à l'étranger. Aux USA, et en particulier à New York où il me semble qu'elle devrait faire un tabac.

Nous en reparlions hier soir, au Jonquet, où nous étions les invités d'Eliane et Michel. Nous disions, Il y a comme cela des productions culturelles qui remportent un succès commercial absolument considérable, en même temps qu'elles sont d'une qualité sur laquelle il paraît impossible de ne pas s'accorder. Or, voyons-nous qu'on en parle jamais beaucoup, à la télévision, par exemple, ou dans les journaux?

Le journal Le Monde a-t-il consacré une seule fois une page entière à Tom-Tom et Nana, à ses créatrices, aux décodage de son univers? J'aimerais le savoir.

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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Jeudi 20 juillet 2006

[Suite de mon dialogue avec Anne et Michel.]

J'ai, Anne, avec ce que tu écris, un point d'accord radical et un point de désaccord tout aussi radical.

Je commence par l'accord. Tu écris en réponse à Michel:

Les philosophes des Lumières ne nous ont-ils pas appris que le regard que porte l'étranger sur une société permet à cette dernière de mieux se connaître? Aujourd'hui, il y a des étrangers installés en France qui disent qu'ils ne parviennent pas à s'y faire une place, et il y a des Français qui disent exactement la même chose.

 Cette position me semble mieux que pertinente. Elle devrait suffire à nous servir de repérage sur ces questions difficiles. Il y a quelques années que je tiens une position analogue à propos de l'école et de la pédagogie. Je dis, Le grand chirurgien n'est pas celui qui s'occupe des appendicites, c'est celui qu'on appelle pour les greffes de reins et de coeurs. De la même manière, le professeur émérite ne devrait pas être celui qui enseigne dans les quartiers chics mais celui qu'on appelle dans les Zep. Autrement dit: oui, c'est bien en considérant l'extrême difficulté, ce qui se profile dans ses marges, qu'une société apprend à mieux se connaître et affine ses pratiques expertes. J'ajoute que cette position pourrait être définitoire de la gauche, et dans ce cas je serais de gauche moi aussi. Mais - et c'est là en quoi consiste mon désaccord - ce n'est pas du tout le cas.

Tu te positionnes comme si le conservatisme des partis de gauche était conjoncturel, tandis que celui des partis de droite (au pouvoir) était fondamental. Or, je pense que les partis de gauche ont largement autant fait que les partis de droite pour que les jeunes, les vieux et les étrangers aient du mal à trouver du travail. Tellement plus de mal qu'en Grande-Bretagne, par exemple, où ce n'est pas la droite mais bien la gauche qui est au pouvoir, avec une politique du travail beaucoup plus libérale que celle mise en oeuvre chez nous.

D'ailleurs, si tu penses émigrer, ce sera pour aller où, au juste? En Angleterre, aux USA, en Irlande, au Canada, en Australie, au Japon ou en Inde?

Vraiment, sur ce point, j'ai du mal à comprendre les gens de ton âge et de ta qualité. Puisque tu revendiques et manifestes, ce que je comprends bien, pourquoi cela semble-t-il tellement impensable que tu ailles le faire, une fois dans ta vie, avant de quitter la France, en faveur de la liberté?

PS. A propos de liberté, une adresse parmi d'autres, celle de Liberté chérie!

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Libéralisme
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Mercredi 19 juillet 2006
[Michel publie cet après-midi, sur Cercamon, une note concernant Claude Hagège. Ce dernier est un savant avec lequel il ne viendrait à l'idée de personne d'aller se mesurer. Il me semble pourtant que la façon qu'il a de défendre le français est de nature à encourager une attitude religieuse à l'égard de la langue dont le français est le premier à souffrir. Je désigne par 'attitude religieuse à l'égard de la langue' celle qui consiste à ne pas distinguer avec assez de force et de netteté les trois instances que sont le langage, la langue et l'écriture de la langue. En quoi ma position est plus proche de celle de Chomsky et Milner. Pour illustrer cette position, une page récrite de ma thèse.]
 
Alberto Manguel rapporte que, dans la société juive médiévale,
"le rituel de l’apprentissage de la lecture était célébré de façon explicite. Lors de la fête du Shavuot – qui célèbre le jour où Moïse reçut la Thora des mains de Dieu -, on drapait dans un châle de prière le garçon qui allait être initié avant que son père ne le conduise au maître. Celui-ci prenait le garçon sur ses genoux et lui montrait une ardoise où figuraient l’alphabet hébreu, un passage des Ecritures et les mots 'Puisse la Thora être ton occupation'. Le maître lisait chaque mot à haute voix et l’enfant répétait. Ensuite on enduisait l’ardoise de miel et l’enfant la léchait, assimilant ainsi physiquement les mots sacrés. On inscrivait aussi des versets bibliques sur des œufs durs épluchés et des gâteaux au miel que l’enfant mangeait après les avoir lus au maître à haute voix."
 
Pour les hommes pieux du Moyen Age, dominés par la tradition rabbinique, la lecture était un acte de célébration qui concernait l’abstrat sémantique (AbS) de l’œuvre (ou son contenu) mais aussi bien, de manière indissociable, son substrat phonique (SPh) et même les caractères d’écriture qui codaient ce substrat, soit la forme écrite. Puis les trois strates se sont détachées l’une de l’autre.
On est passé d’abord par une première étape de laïcisation, qu’on peut qualifier de classique. Celle-ci a consisté à conjoindre AbS et SPh dans une forme linguistique (FL) qui s’opposait à la forme écrite (FE) (cette dernière restant extérieure au signe linguistique).
Une seconde étape de laïcisation tient au phénomène de mondialisation (ou de globalisation) qui caractérise notre époque. C’est celle de la traductibilité généralisée. Nous savons tous, en effet, que

(a) l’écriture alphabétique s’est répandue sur (presque) toute la planète, elle sert à coder (presque) toutes les langues, ce qui en fait un outil à la fois efficace et comme indifférent, détaché par lui-même de toute langue et de toute civilisation;

(b) la plupart d’entre nous ont eu, ou auront, au cours de leur existence, à parler de manière vitale et quotidienne une autre langue au moins que celle dans laquelle ils ont été élevés;

(c) l’apprentissage des langues étrangères commence à l’école de plus en plus tôt;

(d) il n’est pas une information, pas une dépêche de presse comme pas une œuvre littéraire qui ne soit appelée à être traduite instantanément dans d’innombrables autres langues.

Ce principe de traductibilité opère, dans la perception que les locuteurs se font des faits de langage, une dissociation de plus en plus radicale, à l’intérieur même de la forme linguistique (qu’elle fait exploser, ou qu’elle dissout), entre, d’une part, AbS et, d’autre part, SPh qui semble aller se conjoindre avec la forme écrite.
Ce qui nous conduit à un schéma étonnamment symétrique:
 
Etapes historiques
Schémas de perception
Tradition judaïque
AbS + SPh + FE
Tradition classique
FL (AbS + SPh) vs FE
Principe de traductibilité
généralisée
AbS vs (SPh + FE)
Par Christian Jacomino - Publié dans : S.A.D.E.
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Mercredi 19 juillet 2006
[Anne ajoute un commentaire à mon billet du 1er juillet. Elle écrit si bien qu'on voudrait être aussitôt d'accord avec elle. Mais ce ne serait pas sérieux. Elle mérite mieux. Et je prends donc le risque de passer pour un réac.]
 
Quand mon père nous a entraînés d’Algérie en France, ma mère et moi, en 1955, il a commencé par vendre des cartes postales et des crayons dans la rue, puis il a fait du démarchage pour le compte d’une compagnie d’assurance, avant de se faire embaucher dans un garage Renault où il faisait des écritures. Il n’est pas resté un jour sans travailler, et pour tous ces emplois qu’il a eus, il était payé en liquide. Je revois la table de la cuisine où il venait déposer sa paye hebdomadaire. Nous étions fiers et heureux de la façon dont la France nous accueillait. Car il était bien clair pour nous que la France ne nous devait rien, et que, par parenthèse, nous ne lui devions rien non plus.
Je voudrais que ceux qui militent pour la régularisation des sans-papiers nous disent si oui ou non ils militent aussi pour la libéralisation des conditions de travail. Si c’est le cas, je les approuve. Si ce n’est pas le cas, je voudrais qu’ils me disent comment ils se représentent les conditions de vie en France de ces familles sans travail. Pensent-ils qu’elles pourront aller croupir dans des meublés sordides, voire dans la rue? Ou qu’elles devront avoir droit aussi bien à un logement décent dont elles seront dispensées de payer le loyer?
Crois bien que je serais infiniment heureux de pouvoir revendiquer avec toi et avec quelques autres (pas tous) la régularisation des sans-papiers. Mais il faudrait que nous soyons d’accord également pour dénoncer ensemble, de la façon la plus ferme, les leaders politiques irresponsables qui prêchent pour un Smic à 1500 €? Ceux-là, il me semble qu’ils n’ont jamais eu à chercher du travail, pour eux ni pour personne de leurs familles.
Par Christian Jacomino - Publié dans : Libéralisme
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Mercredi 19 juillet 2006

Marc Pataud est l'invité du Tiers livre. A son propos, François Bon cite un texte d'André Rouillé (La photographie, 2005) qui commence par cette phrase:

"Marc Pataut met en oeuvre des procédures dans le but de créer des conditions de possibilité, pour ses modèles, de devenir des sujets."

Bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale, certains rêvaient d'une société dans laquelle le sujet se serait effacé. Dilué au sein des masses populaires. Tous ceux qui, de l'extrême gauche à l'extrême droite, voulaient en finir avec 'l'humanisme bourgeois' avaient plus ou moins cela à l'esprit. Et si Internet ne s'était pas répandu, nous y serions encore. Le danger qui guette tous les auteurs de blogs tient à leur prétention d'accéder au statut de sujet (voir Cerca).

Traditionnellement, les enfants accèdent au statut de sujet par leurs familles, pas par l'école. Ce n'est pas le rôle de l'école, a priori, de permettre aux élèves de devenir des sujets. L'école vient après, elle se fonde là dessus. Mais les enfants qui n'ont pas eu la chance d'accéder à ce statut sont en échec scolaire. L'école d'aujourd'hui est en face de cette réalité. Elle doit se rendre à l'évidence que, pour beaucoup d'enfants, la rationnalité pédagogique ne suffit pas. Elle doit prendre son parti de faire elle-même ce que les familles n'ont pas fait. Raison pour laquelle elle ne peut plus fonctionner du tout comme elle faisait hier. Sa fonction a changé.

Dans les ateliers 'Voix haute', il s'agit de cela. Moins d'apprendre aux enfants à lire que d'utiliser la langue pour leur permettre d'accéder au statut de sujet. S'y hisser, s'y agripper. Quelquefois on voit le processus s'opérer sous ses yeux, dans l'espace d'une séance. Quelque chose comme un miracle. Ensuite, bien sûr, il faut consolider.

Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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Mardi 18 juillet 2006

Ce que j'essayais de dire hier, à propos d'Emmanuelle Pagano, en commentaire à un billet publié par Cerca, à savoir:

Pour prendre les choses par un tout petit bout, je suis allé aujourd'hui (comme chaque jour) sur le site d'Emmanuelle Pagano. Elle y a ajouté des VIDEOS. Je suis allé voir-écouter ces vidéos. Et j'ai été très touché d'entendre son accent méridional. Presque paysan. Elle est fière que POL l'ait publiée, elle le dit. Et je suis très heureux qu'elle le dise comme elle fait. Je ne suis pas sûr qu'une parisienne dirait cela: 'POL m'a appelée chez moi, pour me dire qu'il acceptait mon manuscrit'. Moi, je lui suis très reconnaissant de le dire. Et de le faire avec son bel accent occitan. C'est comme dans ses vidéos, qui sont plutôt maladroites mais où elle assume son image et son accent. Sa fierté aussi. Ou son orgueil. Cela me suffit à penser, Voilà quelqu'un de bien,

cela, selon moi, se rapporte à la question du remerciement, telle que nous l'évoquions, voici peu, sur Strani.

Je ne veux pas prétendre que les occitans seraient mieux capables que les parisiens de dire merci. Mais nous avons au moins deux poètes importants, qui se réclament de l'occitanie, chez qui l'exigence du remerciement est pointée avec soin.

Le premier c'est René Char, dans l'un de ses poèmes les plus célèbres, intitulé Qu'il vive! (dans Les matinaux, 1950). Il commence par:

"Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains",

et se termine, quelque 8 versets plus loin, par:

"Dans mon pays, on remercie".
Le second c'est Jacques Roubaud, dans un poème de forme sonnet, intitulé The Thanksgiving (dans La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le coeur des humains, 1999), dont voici les 8 premiers vers:

Remercie: Quelq'un, quel que soit. Et remercie

Aussi Cela, que n'est Personne. Que ce soit

De rien, d'une Chose, d'un Autre. Car on doit

Remercier: le clou, le chat et la vanille.

Merci de tous instants discriminants, de mille

Détails qualifiés. Merci. Pas de pourquoi,

Ni par nécessité, ni par effet de loi

Morale dans un coeur. Seulement remercie...

Par Christian Jacomino - Publié dans : Ethique
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Mardi 18 juillet 2006
Je veux revenir sur la question d'hier. L'occupation des enfants de nos villes pendant les périodes de vacances. J'ai cru comprendre que madame Ségolène Royal était favorable à ce que les écoles et tous les établissements scolaires restent ouverts pendant une plus grande partie de l'année. Cette mesure relèverait du bon sens. En fait il existe déjà, depuis 1991, un dispositif ministériel qui s'intitule école ouverte. Ce dispositif connaît un fort développement. Je peux témoigner de ce que les personnes responsables de notre académie y sont très attachées. Mais nous devons faire en sorte qu'il se généralise. Les principaux arguments en faveur de l'ouverture des établissements pendant les périodes de vacances sont clairement expliqués par le ministère. On peut en ajouter trois que je n'invente pas mais qui se lisent, me semble-t-il, en filigrane:
Primo, en dissociant les temps d'ouverture des écoles du temps de travail règlementaire des enseignants, on rend obligatoire une forme de coopération entre le système scolaire et le monde associatif (ce qui signifie, par parenthèse, que les intermittents du spectacle y trouveraient leur place), on crée une forme d'émulation, ou de mise en concurrence des approches, des méthodologies, ce qui sera nécessairement favorable à l'évolution des pratiques pédagogiques;
Secondo, dans ces autres moments du fonctionnement de l'école, il paraîtra davantage possible et éminemment souhaitable d'associer les parents;
Tertio, dans un univers caractérisé par le principe du 'tout obligatoire pour tout le monde', on introduit une dimension subjective: celle du désir, du choix, de la détermination personnelle: les enseignants seront libres de participer ou de ne pas participer à ces activités (et s’ils y participent, ils sont rémunérés, bien sûr), et les enfants de même.
Ouf… Un peu de jeu dans le système. Un peu d’air libre !
Etiquette Technorati:
Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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