Mercredi 20 septembre 2006

Ce que je trouve, avec émotion, sur un site Internet intitulé Le retour d'un pieds noirs 44 ans après:

 

"L’Emir Abdelkader a montré que la religion n’excluait pas la science,   que la science n’excluait pas l’humanisme, que la foi n’excluait pas le spiritualisme", initiateur du dialogue islamo-chrétien, il montre le chemin de la réconciliation entre les deux rives de la Méditerranée..... M. Boutaleb, président de la fondation Emir Abdelkader.

 

Par Christian Jacomino - Publié dans : Etudes spirituelles
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Mardi 19 septembre 2006

Le Saint Père déclare: "En revanche pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant."
Toute l'entreprise de l'émir Abd el Kadher a consisté à affirmer que Dieu est à la fois radicalement transcendant et radicalement immanent, reprochant aux chrétiens (à juste titre, il me semble) de retenir le Dieu transcendant et d'oublier le Dieu immanent.
Est-il possible que dans l'entourage du Saint Père, il n'y ait personne pour lui rappeler l'importance historique et politique de ce courant de l'Islam, héritier d'Ibn Arabi? Cette question me trouble l'esprit.

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Etudes spirituelles
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Lundi 18 septembre 2006

Une des conséquences les plus fâcheuses d'un système éducatif centralisé comme le nôtre concerne l'aménagement des espaces d'apprentissage et le choix des matériels utilisés. L'exemple de Célestin Freinet le montre: on n'invente pas d'autres procédures pédagogiques sans aménager de manière différente l'espace de la classe et sans concevoir des matériels adaptés. Pendant longtemps, en France, l'évolution des programmes officiels s'est traduite principalement par la récriture des manuels scolaires (qu'il fallait vendre et acheter très vite pour rester à la page). Tout se passait comme si le contenu de ces manuels avait constitué l'alpha et l'omega des dispositifs d'apprentissage. Aujourd'hui, les choses ont évolué, et l'on nous parle de préférence de l'utilisation de la micro-informatique. L'intention me paraît bonne. Mais le point décisif, selon moi, est de veiller à ce que l'ordinateur prenne place à l'intérieur d'un espace physique conçu et organisé comme champ de parole.

Le vecteur d'apprentissage demeure l'échange de paroles vives (i.e. orales) entre personnes réelles qui s'interpellent, s'interrogent l'une l'autre et se reconnaissent. Le micro-ordinateur peut venir optimiser le rendement d'un tel système d'échanges mais en aucun cas il ne doit le 'shunter'.

 Je songeais à cela en découvrant, grâce à un billet de François Guitet, la Classroom of the Future proposée aux USA par la Clinique Mayo. Je vous recommande d'aller voir le diaporama de présentation. Vous remarquerez que, dans cet environnement expérimental, les enfants utilisent des iMac et de iPod à faire rêver. Mais aussi qu'on les a débarrassés des bureaux et des chaises qui les contraignent et les séparent, au profit de pupitres légers devant lesquels ils se tiennent débout, et de plaques de liège qu'ils utilisent pour travailler couchés à plat ventre sur le sol (la problématique de départ étant, si je comprends bien, de prévenir l'obésité). Or, pour ma part, la facilité de déplacement et de communication interpersonnelle que permettent les pupitres et les plaques de liège me paraît au moins aussi importante et convaincante que l'utilisation des iMac et des iPod.

 

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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Samedi 16 septembre 2006

L’autre jour, comme nous déjeunions avec des amis, une vieille et belle expression des milieux ouvriers m’est revenue à l’esprit. Celle de se mettre à son compte. Quand un ouvrier était excellent dans sa partie, et qu’en plus c’était un homme sérieux (il ne buvait ni ne jouait), il finissait un jour ou l’autre par se mettre à son compte. Je ne suis pas du tout sûr qu’il soit plus facile de se mettre à son compte dans la France d’aujourd’hui qu’en 1950. Hélas. Et ceux qui le font, c’est presque toujours grâce à la maîtrise qu’ils se sont acquise de la micro-informatique et d’Internet. J’ai la plus grande admiration pour des jeunes femmes comme Annie et Stéphanie qui travaillent à leur compte (en fait, quand je songe à tout ce que ce type de fonctionnement suppose, je ne suis pas loin de voir dans leur engagement professionnel une forme d'héroïsme ou de sainteté). J’ai une vive sympathie pour les jeunes gens de nos quartiers difficiles qui apprennent, par leurs propres moyens, à se servir de ces technologies et qui, grâce à cela, peuvent trouver du travail, se forger un avenir. La plupart d’entre le feront en se mettant à leur compte. Ou en rejoignant de toutes petites structures.

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Samedi 16 septembre 2006

[Je pose ce matin (il est 6.05), en commentaire au dernier billet de Brigetoun, l'apostille suivante:]

Loïc Le Meur pourrait en faire la démonstration en s'appuyant sur ce que vous faites ici: le blog offre la possibilité d'une forme de journalisme que les vrais journaux ne permettent pas. Si j'étais maire d'Avignon, je vous paierais pour que vous continuiez d'assurer ce genre de reportage.
Je pense même que je vous commettrais un (ou une) jeune assistant(e) pour réaliser des petites vidéos des conversations que vous avez à l'improviste avec des badauds inconnus (Stéphanie ou Annie seraient chargées de la formation).
Cela coûterait bien moins cher que les prétentieuses plaquettes promotionnelles que les collectivités locales s'offrent à tout bout de champ.
J'ai l'air de plaisanter comme ça, mais vraiment je ne comprends pas qu'il n'y ait pas plus d'entrepreneurs pour tenter d'inventer, à partir du blog, une nouvelle économie.

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Blogs
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Vendredi 15 septembre 2006

Hier soir, avant de m'endormir, je feuilletais le livre de Thierry Crouzet, Le peuple des connecteurs (2006), et je suis tombé sur cette phrase:

"Quand la révolution punk éclate à Londres en 1975 et 1976, Bill Gates et Steve Jobs lancent la révolution micro-informatique. La concomitance des deux évènements n'est pas une coïncidence: à la prise de pouvoir d'une nouvelle génération dans le monde du business correspond un nouveau courant musical qui lui aussi veut faire table rase du passé" (p. 197).

Les dates indiquées - 1975 et 1976 - ont continué d'occuper mon esprit pendant mon sommeil (la pluie faisait un bruit assez fort pour nous entraîner à voyager assez loin par l'imagination). J'essayais de retrouver qui nous étions, dans le milieu où j'évoluais, durant cette période. Et quand je me suis levé, un peu avant l'aube, je me suis tout de suite dirigé vers la bilbiothèque d'où j'ai tiré le tout petit livre de Gilles Deleuze et Félix Guattari, intitulé Rhizome. J'ai vérifié la date de publication: oui, c'est bien 1976. Or, faites l'expérience, ouvrez ce petit manifeste des philosophes français tout à fait au hasard, vous verrez que vous y trouvez des choses comme ceci:

"Il n'y a pas de différence entre ce dont un livre parle et la manière dont il est fait. Un livre n'a donc pas davantage d'objet. En tant qu'agencement, il est seulement lui-même en connexion avec d'autres agencements, par rapport à d'autres corps sans organes. On ne demandera jamais ce que veut dire un livre, signifié ou signifiant, on ne cherchera rien à comprendre dans un livre, on se demandera avec quoi il fonctionne, en connexion de quoi il fait ou non passer des intensités, dans quelles multiplicités il introduit et métamorphose la sienne, avec quels corps sans organes il fait lui-même converger le sien. Un livre n'existe que par le dehors et au-dehors. Ainsi, un livre étant lui-même une petite machine, dans quel rapport à son tour mesurable cette machine littéraire est-elle avec une machine de guerre, une machine d'amour, une machine révolutionnaire, etc..." (p. 10-11).

L'univers de référence de Deleuze et Guattari, ce n'était pas l'informatique mais la littérature. Sauf oubli de ma part, ils ne sont jamais soucié d'informatique. Pourtant le livre tout entier, et plus particulièrement le passage que je viens de citer, ne peut pas manquer évoquer pour nous, aujourd'hui, non seulement l'invention de l'ordinateur personnel, mais même d'Internet.

Je ne suis pas du tout sûr que Th. Crouzet ait lu l'ouvrage de Deleuze et Guattari (il nous dira peut-être). Les noms de Deleuze et Guattari ne figurent pas dans la table du Peuple des connecteurs. Il me paraît incontestable pourtant que Rhizome annonçait celà: non seulement la double révolution qu'ont représentée, au cours des 30 dernières années, l'invention de l'ordinateur personnel puis celle d'Internet, mais également la philosophie libertarienne que Th. Crouzet (et quelques autres sans doute) s'emploient aujourd'hui à élaborer pour tenter de tirer l'enseignement (pour dégager l'esprit) de cette mutation historique.

Mon regret est que Deleuze et Guattari n'aient pas fait référence eux-mêmes, voici 30 ans, à ce qui se tramait en Californie. Qu'ils n'y aient pas été voir. Qu'ils ne nous y aient pas transportés, avec leurs petits livres. Qu'ils n'aient pas cité eux-mêmes, alors ni plus tard, Bill Gates et Steve Jobs. Qu'ils n'aient pas fait la connexion qu'il fallait. Cela aurait changé radicalement le paysage intellectuel et politique français. Cela, d'une certaine manière au moins, aurait changé nos vies.

 

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Libéralisme
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Jeudi 14 septembre 2006

Georges Felouzis est professeur de sociologie à l'Université Victor Segalen de Bordeaux 2. Il publie sur le site Education & devenir une tribune intitulée L'apartheid scolaire français.

La Commission Européenne a la fâcheuse réputation en Fance de défendre une politique ultra-libérale. Dans une communication du 8 septembre dernier, elle indique pourtant que "L’absence de prise en compte des retombées sociales de l’éducation et de la formation coûte chaque année des milliards d’euros à l’Union européenne" [Lire la suite].

Par Christian Jacomino - Publié dans : Libéralisme
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Mercredi 13 septembre 2006

Ma note sur un modèle de système éducatif à double entrée, publiée ici voici peu, est parue hier au Café pédagogique. Merci à François Jarraud.

Pour bien des raisons, il me paraît souhaitable que le public et le privé collaborent au système éducatif. Mais la stricte distinction entre écoles publiques et écoles privées qui prévaut aujourd'hui me semble avoir pour conséquence de creuser les inégalités. Elle s'ajoute à la carte scolaire et aggrave ses effets discriminatoires. Le modèle à double entrée contribuerait au contraire à les réduire.

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Libéralisme
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Mardi 12 septembre 2006
Michel cite Borges: "para los antiguos la palabra escrita no era otra cosa que un sucedáneo de la palabra oral". Il cite aussi Lucien. Je lui réponds:

Quelle moisson de textes…! L’étonnant, du point de vue pédagogique, consiste en ceci que les prises de position de notre ministre de l’éducation en matière d'apprentissage de la lecture passent pour un retour à la tradition, et il semblerait que ce soit ainsi que lui-même tient à être compris. La tradition consisterait, selon lui, à construire des mots à partir des lettres, puis à construire des phrases, puis à construire des textes. Or, la tradition est toute différente. Elle consiste à dire à l'élève: ‘Commence donc par apprendre les Psaumes (ou le Coran, ou le Mahabharata) par coeur, ce sera déjà ça de gagné… Et quand tu sauras ces Psaumes, par ex., et que donc, d’une certaine manière, tu seras déjà un ‘lettré’, eh bien, si tu y tiens, on t’en donnera un à copier (que tu auras choisi, qui te tiendra à coeur, ou que ton maître aura choisi pour toi, parce qu’il lui parle). Et, dans ce texte, il te sera facile alors d'identifier des mots (d'en entourer certains, mentalement, d'un trait de craie), et ainsi, à ton gré, par tes propres moyens, tu pourras apprendre à lire, si Dieu le veut… Voilà en quoi consiste la tradition… toutes les traditions connues sur la planète…

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Mardi 12 septembre 2006
Les Documents d’application des programmes publiés en 2002, concernant la littérature en cycle 3, indiquent que
 
 
“La lecture silencieuse ne peut être considérée comme un acte didactique. L’absence d’interaction entre le maître et l’élève interdit toute amélioration des compétences. La qualité de la lecture silencieuse est la conséquence des enseignements reçus, tant du point de vue de la reconnaissance des mots que du traitement syntaxique des phrases, ou encore de la compréhension des textes. Ces enseignements supposent des interactions et, donc, des dialogues entre l’élève et le maître” (MÉN, Littérature : Cycle 3, coll. “École. Documents d’application des programmes”, Paris, CNDP, 2002, p. 6).
 
La question insistante, obsédante, qui agite l’école depuis les années 1960 porte sur la méthode qu’il convient d’adopter pour apprendre à lire, c’est-à-dire pour extraire les informations que l’écrit contient en se confrontant directement à lui. Cette question serait pertinente si tous les élèves possédaient une égale maîtrise de la langue orale au moment de leur entrée à l’école. Mais ce n’était pas le cas dans la France de Jules Ferry, et ce n’est pas le cas non plus dans la France d’aujourd’hui. Cette manière frontale, mécanique et pour tout dire violente d’aborder le problème revient à exclure la compétence linguistique de la problématique de base. Á l’inverse, si nous admettons qu’il y a corrélation étroite entre compétence linguistique à l’oral et apprentissage de la lecture, une autre question s’impose qui consiste à savoir :
Quelle est la méthode d’apprentissage de la lecture la mieux à même de renforcer la maîtrise de la langue à l’oral? 
Cette question ouvre une perspective nouvelle, dans laquelle la lecture n’apparaît plus comme une fin en soi, ni comme un savoir détaché, ou purement ‘véhiculaire’. De cette manière, nous sommes conduits à regarder son apprentissage plutôt comme une occasion – et un moyen – d’acquérir certains autres savoirs, au premier rang desquels celui de la langue. Et sitôt que ceci est conçu, une réponse méthodologique s’impose, qui s’énonce à deux niveaux :
  1. 1/ pour que des personnes qui ont une maîtrise de la langue insuffisante à l’oral trouvent moyen de lire et trouvent plaisir à le faire, il est nécessaire qu’on ne les laisse pas seuls face au texte;
  2. 2/ pour que l’activité de lecture renforce la maîtrise de la langue à l’oral, il faut que cette lecture soit elle-même une activité orale.

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Par Christian Jacomino - Publié dans : Lire en atelier
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