Samedi 30 septembre 2006
La Bibliothèque verte a rouvert ses portes. Les séances ont lieu chaque mercredi, au Centre Médico-Psychologique du Carret (Nice). Public désigné.
 
Dans le même lieu, qu’il dirige, Georges Juttner, pédopsychiatre, psychanalyste, rouvre son séminaire. Les séances se tiennent chaque premier mardi du mois, à partir de 20h00. Première séance le mardi 3 octobre.
 
Le Laboratoire central est le rendez-vous des animateurs des ateliers ‘Voix Haute’. Il se réunit chaque premier mercredi du mois, de 18h30 à 19h45 à l’école du Château (23, rue Saint Joseph, Nice). Première séance, le mercredi 4.
 
Samedi 21 octobre, à 17h00, conseil d’administration de l’association Ars legendi (gestionnaire des ateliers ‘Voix Haute’).
 
C’est en 2005 que Christian Montelle a fait paraître son ouvrage intitulé La parole contre l’échec scolaire. La haute langue orale (chez L’Harmattan). Mais j’ai découvert l’auteur et son ouvrage voici quelques jours à peine, grâce à l’émission qu'Aline Pailler lui a consacrée, le 6 septembre, sur France-Culture et que Michel Roland m’a signalée. Cette rencontre a été pour moi de celles qui comptent, dans la mesure où les principes défendus par Ch. Montelle paraissent très proches de ceux sur lesquels j’ai fondé la méthodologie des ateliers ‘Voix Haute’.
Á propos de l’échec scolaire, Ch. Montelle écrit par exemple, dans les toutes premières pages de son livre :
"Après tout, pendant des siècles, les enfants ont acquis des compétences linguistiques, parfois considérables, sans ordinateur, sans gadgets pédagogiques et sans didacticiens. Sans même aller à l’école ! Cette maîtrise naturelle de la langue était obtenue grâce à un bain de parole dans le milieu familial et l’environnement social  proche, et par l’acquisition d’un vocabulaire de proximité très riche, souvent en patois. L’apport poétique essentiel était apporté par des récits et d’autres textes traditionnels transmis par ces mêmes milieux. Ne pourrait-on pas s’inspirer de cette tradition pour mettre en place, chez tous les enfants, les compétences de langage indispensables pour l’acquisition des savoirs? Lorsque le verrou linguistique aura été éliminé, les moyens et les méthodes modernes d’enseignement trouveront l’efficacité dont ils peuvent être porteurs" (pp. 10-11).
 
Dans leur livre intitulé Apprendre à lire à l'école, Roland Goigoux et Sylvie Cèbe écrivent:
 
"Jusqu'aux années 1960, les instituteurs consacraient l'essentiel de leur temps à apprendre aux élèves à déchiffrer, c'est-à-dire à combiner les lettres entre elles et à les convertir en sons, afin qu'ils pussent prononcer les mots écrit" (p. 7 du fascicule d'extraits publié par Le Monde de l'écudation dans son édition de septembre).
 
Cette affirmation n'est que partiellement exacte, et la bévue porte (me semble-t-il) sur un point décisif. Ceux en effet qui, comme moi, ont fréquenté l'école (celle de la rue Vernier, à Nice) dans les années 50 se souviennent sans l'ombre d'un doute que l'offre pédagogique des institueurs ne se limitaient pas à cette pauvre mécanique: ils faisaient lire les élèves à haute voix, ils leur donnaient à apprendre par coeur quantité de poèmes, et même des textes en prose (les fameux 'résumés' d'histoire, de géographie, de sciences naturelles), et leur faisaient chanter à pleine voix quantité de chansons traditionnelles (en s'aidant eux-mêmes du guide-chant, puis de la radio scolaire) (les arbres en tremblaient dans la cour). Comment peut-on ignorer que cela aussi faisait partie de l'apprentissage de la lecture (en même temps que de celle de la langue)? Comment ne pas voir que, sur ce point, c'est une très ancienne et très universelle tradition qui a été rompue? Comment ne pas voir qu'au-delà de la querelle des méthodes (syllabiques ou lexicales) c'est d'abord de cela qu'il s'agit?
 
 
Pour tout renseignement supplémentaire sur nos ateliers, ne manquez pas de m'appeler (au 04.93.62.28.36) ou de m'écrire (à c-jacomino@voixhaute.com).
 

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Vendredi 29 septembre 2006
Je découvre la belle page publiée aujourd’hui par Aurélien Veron. Elle m’évoque la note récente de François Guité, concernant les devoirs scolaires, et les échanges qui s’en sont suivis. Aurélien prône la réforme du système éducatif. Mais, contrairement à la plupart de ceux qui se prononcent sur cette question, il refuse de regarder les enseignants comme (seuls) responsables de l’immobilisme. Il a bien raison. La plupart des enseignants sont conservateurs dans l’âme. L’idée de permettre à leurs élèves de préparer les dictées, de les préparer à deux, de les corriger à deux en utilisant des dictionnaires, fait lentement son chemin depuis le printemps 68 mais ne paraît pas encore définitivement admise. Leur conservatisme pourtant n’est rien à côté de celui des parents d’élèves. Pour ces derniers, le meilleur prof d’une école ne sera (presque) jamais celui chez lequel les enfants sont le plus heureux, dans la classe duquel ils étudient avec le plus de plaisir, mais (presque) toujours celui qui donne des devoirs à faire à la maison, et même des punitions, qui attribue aux productions d’écrits des notes chiffrées (j’ai connu à Nice, il y a quelques années encore, des élèves de CE2 dont les rédactions étaient notées au centième de point sans que personne visiblement ne s’en émeuve, sans que personne ne songe à alerter les pompiers), et surtout celui (ou celle) qui sait user du ton hautain, légèrement dédaigneux qui paraît la marque du grand pédagogue.
 
La question n’est pas celle – mesquine – de savoir si la droite dite ‘libérale’ met ses enfants à l’école privée plutôt qu’à l’école publique. La question est de savoir si elle met ses enfants à l’école privée parce qu’elle souhaite pour eux plus d’innovation, plus de liberté, plus d’audace, plus d’émulation en même temps que plus de coopération, plus de vie, plus de différences, plus de dialogue, plus d’art, plus de Picasso et de Pierre Boulez, plus de jazz, plus de musique indienne, arabe, juive, plus de baroque, plus d’Internet, plus d’écologie, plus de géographie, plus d’histoire(s), plus de mémoire, plus de respect, plus d’échanges, plus de découverte, plus de confiance dans le devenir du monde, plus de sens des affaires, plus de goût de se surpasser, plus de soif de vaincre, plus d’ouverture sur l’entreprise, plus de solidarité à l’égard de ceux qui ont faim, plus de foi, plus de religion, plus d’élégance, plus d’insolence, plus de subjectivité, plus de finesse et de rire, plus d’amour. Ou s’ils veulent seulement plus de contrainte et plus de norme. Plus de silence. Plus de morgue.
 
 

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Jeudi 28 septembre 2006

Mes amis cliniciens (pédospychiatres, psychanalystes et psychologues) craignent aujourd'hui que l'on passe d'une clinique du sujet humain à une clinique du symptôme. Très concrétement, cela signifie que l'institution hospitalière ne s'organiserait plus comme elle fait aujourd'hui en secteurs (géographiques) où sont reçus toutes sortes de sujets souffrant de toutes sortes de troubles, mais en lieux dédiés à tel ou tel symptôme.

De la même manière, je crains que l'enseignement scolaire ne consiste plus, demain, à transmettre une culture mais à entraîner les enfants de façon intensive pour l'acquisition de telle ou telle compétence.

La rééducation remplacerait d'entrée de jeu l'éducation. On gagnerait du temps. Et de l'argent.

La pratique de la poésie dite et chantée implique et favorise la compétence linguistique qui consiste à ‘rythmer un texte (i.e. un vers) en en scandant les syllabes orales’. Je ne suis pas sûr d'avoir envie qu'on entraîne un enfant à faire cela hors l'amour et la mémoire de poésie.

Le secret désir de certains est que la question de l'angoisse soit réglée par l'administration de médicaments.

Le secret désir de certains est que les ordinateurs remplacent un jour les professeurs.

Pour la dyslexie, par exemple, on pourrait la soigner tout à la fois avec des médicaments et avec des logiciels adaptés.

Quant à moi, je préfère qu'un être humain transmette à un autre être humain le goût et la mémoire de contes, de poèmes et de chansons.

Voir aussi L'ordinateur et l'échange interpersonnel.

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Mercredi 27 septembre 2006
Deux façons d’apprendre:
  • - l’une, naturelle, qui s’opère au gré d’une expérience qui n’a pas pour but de vous faire apprendre;
  • - l’autre, volontaire, qui procède d’un effort intellectuel délibéré dont l’apprentissage est le but.
Nous apprenons la langue maternelle de façon naturelle, sans avoir besoin de faire aucun effort, sans y penser et sans même nous en apercevoir. En revanche, on n’apprend pas à piloter un avion autrement que de façon très volontaire.
Dans les deux cas, le résultat peut être décrit en terme de ‘compétences’. Il est beaucoup question de ‘compétences’ aujourd’hui dans la façon dont on pense et on gère les apprentissages scolaires.
J’ai sous les yeux un document ministériel concernant le Programme Personnalisé de Réussite Educative (PPRE). J’y relève, parmi les compétences attendues à la fin de la scolarité à l’école maternelle, celle consistant à ‘rythmer un texte en en scandant les syllabes orales’. Cette compétence ressortit à la maîtrise de la langue orale, en même temps que son acquisition conditionne l’apprentissage de la lecture.
Je l’ai souvent expérimenté: un enfant qui n’est pas capable (1) de répéter un vers de huit syllabes récité par l’adulte, et (2) de le faire en en scandant les syllabes orales, cet enfant n’est pas prêt à apprendre à lire. Et si l’on veut passer outre, forcer le passage, non seulement on court à l’échec (ce qui est tant pis pour nous) mais on fera souffrir le sujet concerné (ce qui est beaucoup plus grave).
Que la chose soit dite me paraît profitable. Un document ministériel identifie cette compétence, il la désigne comme un critère permettant de décider s’il convient d’engager l’enfant de manière résolue dans l’apprentissage de la lecture, ou si ou contraire il est préférable d’attendre, de prendre des précautions. Il est raisonnable de penser qu’ainsi on évitera des maladresses et des dégâts.
Que faire pourtant quand on constate qu’un enfant n’a pas acquis cette compétence au moment où on l’attend, c’est-à-dire à la fin de la scolarité maternelle?
Faut-il lui apprendre à ‘rythmer un texte en en scandant les syllabes’? On peut toujours s’y essayer, de façon prudente, respectueuse et discrète. Mais à la condition de bien se souvenir que les enfants qui savent le faire, eux, l’ont appris au sein du milieu familial, dans l’expérience quotidienne des échanges oraux, c’est-à-dire de façon naturelle.
La lecture orale et collective de comptines, de poèmes et de chansons, telle que nous la pratiquons dans nos ateliers ‘Voix Haute’, tend à rapprocher l’apprentissage de la langue des conditions naturelles que la plupart des enfants trouvent dans leurs familles. J’aimerais que l’on dise que c’est une ‘médecine naturelle’ ressortissant à un souci écologique.

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Lundi 25 septembre 2006

Bon, ceci dit, à propos de l'affaire R. Goigoux, ne faisons pas comme si l'autoritarisme était inconnu jusque là dans l'éducation nationale! L'étonnant est qu'en règle générale, il passe plutôt inaperçu. Un exemple:

Soit un collège de zone prioritaire. Quelques dizaines de prof. dont le plus vieux à peut-être 28 ans. Des locaux propres. Beaucoup d’argent investi pour rendre le cadre agréable. Et, en effet, il paraît souhaitable que les jeunes prof. s’y trouvent bien. Qu’ils ne viennent pas pour donner un cours à la sauvette mais qu’ils s’y sentent chez eux. Histoire de travailler en équipe, par exemple. De décloisonner. Avec cela des ordinateurs partout. Connectés en réseau. A part que le réseau est installé sur le serveur du rectorat académique. Où quelqu’un a décidé que la navigation Internet de tous les ordinateurs du réseau serait bridée (il y a des gens pour prendre des décisions de ce type). Ce qui signifie: impossibilité de se connecter sur sa messagerie personnelle et sur son carnet d’adresses. Si les jeunes prof. ont une heure à perdre entre deux cours, il ne faudrait tout de même pas qu’ils la mettent à profit pour faire leur courrier!

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Samedi 23 septembre 2006

Daniel Laurent est directeur d'études de l'Institut Montaigne. Dans Les Echos du 4 septembre il a publié une chronique intitulée Libérez les écoles primaires! On y lit:

Depuis 1982, les collèges des zones d’éducation prioritaire disposent théoriquement de moyens supplémentaires évalués à 9 %. Mais, en réalité, si l’on tient compte des salaires des personnels, plus gradés dans les écoles de centre-ville, la « discrimination positive » disparaît et devient même... négative. La dépense publique par élève dans les ZEP est en effet inférieure de l’ordre de 30 % à la moyenne nationale !

Ailleurs sur ce blog : De la transition primaire-secondaire.

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Samedi 23 septembre 2006

Roland Goigoux et Sylvie Cèbe publient chez Retz un livre intitulé Apprendre à lire à l'école. Tout ce qu'il faut savoir pour accompagner l'enfant. Le Monde de l'éducation en proposait des extraits, sous forme d'un fascicule accompagnant son édition de septembre. On peut y lire:

"Tirant parti du caractère alphabétique de notre langue, le lecteur peut essayer de convertir le mot écrit en mot oral: s'il sait parler la langue qu'il lit, il y a de fortes chances qu'il en saisisse le sens. Encore faut-il qu'il ne s'agisse pas d'un terme rare."

Et, quelques lignes plus loin, les auteurs ajoutent:

"Déchiffrer ne suffit donc pas si l'on ne possède pas, en mémoire, une signification associée à l'image acoustique du mot" (p. 11). 

On voit, avec cette citation, combien la position des auteurs est mesurée. Tellement mesurée, même, qu'elle me paraît faire trop de concession encore au modèle dit 'syllabique' (selon lequel il s'agirait de procéder des parties vers le tout).

En effet, les auteurs semblent dire qu'on peut (toujours) déchiffrer encore qu'ensuite il resterait à comprendre. Or, ce n'est pas toujours vrai.

Si je ne connais pas, en français, le mot 'femme' ou le mot 'monsieur', non seulement je ne les comprendrai pas quand je les aurai déchiffrés, mais il me sera impossible même de les déchiffrer. 

Goigoux et Cèbe citent d'ailleurs, à la page suivante, la circulaire du 3 janvier 2006 qui rappelle que l'enfant doit apprendre

"à assembler des lettres pour constituer des syllabes prononçables puis des mots qu'il rapprochera de ceux dont il a déjà une image auditive en mémoire".

Autrement dit, aucun modèle cognitiviste ne fera qu'on puisse apprendre à lire une langue que l'on ne maîtrise pas à l'oral. Ou, pour le dire autrement, un enfant apprend à lire dans la mesure seulement où il maîtrise la langue à l'oral déjà. Ce qui revient à dire encore que la bonne méthode d'apprentissage de la lecture est celle qui favorise le mieux le renforcement des compétences linguistiques à l'oral. Ou encore qu'en aucune manière, à aucun instant, on ne peut détacher l'écriture de la langue même qu'elle encode.

Ce dont l'apprentissage de la lecture a eu à souffrir c'est moins de la méthode globale par elle-même que d'une sorte de passion coupable que l'école manifeste à l'égard de des activités d'écriture.

Tout se passe comme si certains tenants de la méthode globale avaient voulu qu'on apprenne à lire en silence une 'autre langue' (i.e. la prétendue 'langue écrite') qui aurait été essentiellement silencieuse (ce qui revenait à ne plus trop se préocuper d'une langue orale dans la maîtrise de laquelle les inégalités sociales sont trop vertigineuses). Mais hélas tout se passe comme si certains tenants de la méthode syllabique pensaient encore de même.

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Vendredi 22 septembre 2006

François Jarraud a publié ce soir, à 17 h 15, sur le Café pédagogique, un flash d'information pour annoncer que le professeur Roland Goigoux, spécialiste de l'apprentissage de la lecture, vient d'être exclu du dispositif de formation des Inspecteurs de l'éducation nationale. La raison étant, semble-t-il, que celui-ci est resté attaché aux programmes officiels de 2002, qui continuent pour nous tous enseignants à faire force de loi, tandis que notre ministre attend que nous nous ralliions à ses propres vues (on apprend à lire les lettres de l'alphabet, puis les mots, puis les phrases, si j'ai bien compris), ce que le professeur Goigoux n'a pas fait.

Si aucun autre élément d'information ne vient infirmer cette interprétation du clash, nous aurons de quoi nous sentir un peu plus honteux (encore) de notre pays et de notre temps.

Quant à ma propre position, je l'ai exprimée ICI et ICI.

Voir aussi mon billet du 4 septembre intitulé Sarkozy, l'école et l'Union soviétique.

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Vendredi 22 septembre 2006

[J'ajoute ce soir en commentaire, sur le site d'Initiative libérale, où il est question de Thierry Crouzet:]

Le débat avec Thierry C. est passionnant. Mais 2 remarques. Primo, on parle souvent du libéralisme comme d'une invention moderniste, qui contribue à détruire l'ancien monde. Thierry lui aussi se risque quelquefois à opposer l'audace moderniste du libéralisme à l'immobilisme du vieux monde pyramidal. Pourtant, sur le plan économique au moins, toutes les civilisations traditionnelles sont libérales. J'ai envie de dire qu'au contraire de tout ce que l'on prétend, le libéralisme c'est (le retour à) la tradition. Secondo, en cela même le libéralisme est indissociablement lié à l'écologie: il défend le droit naturel, les rapports économiques les plus naturels, la liberté élémentaire pour les travailleurs les plus modestes d'ouvrir leur boutique et de la garder ouverte toute la nuit et même le dimanche. Et même d'y employer leur femme et leurs enfants. Il nous réconcilie avec le monde naturel. Et cela aussi, nous le percevons mieux dans les propos de Thierry que chez les libéraux parisiens.

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Jeudi 21 septembre 2006

Dans nos systèmes éducatifs, une logique binaire domine trop souvent. Il y a, par exemple, le privé et le public. Les établissements des quartiers difficiles, où l’on accepte tout le monde et où l’on rechigne à évaluer aussi bien les élèves que les professeurs. Et les établissements privés, où l’on sélectionne avec soin élèves et professeurs, et où l’on recherche la performance à tout prix. Les familles les plus modestes n’ont pas les moyens de choisir, et elles scolarisent leurs enfants dans les établissements du premier type. Tandis que les familles qui ont les moyens de payer choisissent de plus en plus souvent les établissements privés. Et il paraît grand temps de faire entendre que ni les unes ni les autres ne font vraiment une bonne affaire. Que les deux modèles d’éducation proposés se nourrissent de leur opposition. Que, loin de se perfectionner, ils tendent à se durcir, à se caricaturer eux-mêmes. Le clivage produit de la surenchère plutôt que du progrès.

Tous les enfants ont besoin d’un système éducatif fondé sur la mixité sociale et sur une pédagogie libérale (non-violente). Mais, pour produire un tel enseignement, il est tout aussi nécessaire d’avoir des équipes enseignantes fortement investies, hautement professionnelles, soudées dans la recherche de l’excellence.

 Or, qu’on nous dise combien d’établissements privés pratiquent la mixité sociale et une pédagogie véritablement libérale (non-violente). Tandis que dans les établissements publics, il est posé d’entrée de jeu qu’aucun directeur (ni aucun conseil d’administration) n’a la liberté de choisir ses enseignants, c’est-à-dire de former son équipe en fonction d’un projet.

 

 

Au lieu de classer les établissements en fonction des résultats obtenus par leurs élèves – ce qui est aussi absurde que si l’on classait les établissements hospitaliers en fonction du nombre de sujets bien portants qu’ils accueillent -, les médias devraient nous aider à repérer les établissements scolaires du troisième type (soit libéraux et à la recherche de l’excellence). Pour qu’ils servent de modèles.

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