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Marc d'Héré publie, sur le site d'Initiative Européenne et Sociale, ma contribution au débat en vue des élections présidentielles. Je l'en remercie. L'article s'intitule: Education: Pour un service public décentralisé et démocratique.
On peut échouer. En matière d'éducation, la tâche est tellement difficile qu'il paraît presque impossible d'en venir à bout. Encore faut-il que l'on choisisse la bonne route et qu'on s'y élance avec courage. Je me souviens de notre bon maître François Ricci et du vers de Péguy qu'il citait à propos de Descartes: 'Ce cavalier français parti d'un si bon pas'. Autrement dit, il ne me paraît pas trop grave d'échouer pourvu qu'on ait fait signe vers quelque chose qui a un sens. Je songeais à cela en découvrant tout à l'heure, grâce à Mario Asselin, le programme que se fixe Kelly Lamrock, ministre de l'Education du Nouveau-Brunswick. Allez-y-voir!
[Vince a ajouté hier un commentaire à un billet publié ici le 20 mai dernier. L'occasion de revenir sur le débat qui se développe à propos des méthodes d'apprentissage de la lecture.]
Ce que vous notez là est exact, mais l'argument peut se retourner. M. de Robien confond la méthode syllabique (bien contestable) avec une approche syllabique qui, elle, me paraît s'imposer au début de l'apprentissage de la lecture (soit en GS de maternelle et au CP). Hélas, cette approche phonétique me paraît bien ignorée par les professeurs eux-mêmes. Demandez-leur combien nous avons de voyelles en français, et vous verrez que la très grande majorité d'entre eux confond les lettres et les sons. Or, je ne pense pas, en effet, que l'on puisse bien apprendre à lire (et écrire un jour) sans passer par une prise de conscience de la segmentation phonétique des mots. Sans bien poser que l'écriture alphabétique code des sons. Qu'en français un son peut être codé par une lettre ou par plusieurs, que la même lettre peut coder des sons différents et que le même son peut être codé par des lettres différentes. Si ce travail était fait et bien fait dans les classes, il me semble que l'apprentissage de la lecture donnerait de bien meilleurs résultats, ce qui dispenserait M. de Robien de se livrer à ces rappels à l'ordre quelque peu maladroits et autoritaires. Autrement dit, je trouve que la profession est peut-être malvenue de faire comme si, sans les déclarations intempestives du ministre, ma foi, tout irait pour le mieux au royaume de l'apprentissage de la lecture.
J'ai sous les yeux le merveilleux petit livre intitulé Apprendre à lire que l'Observatoire national de la lecture publiait en 1998. Dans son introduction, Alain Bentolila y indique:
3. Le décodage graphophonologique est la procédure dominante de reconnaissance des mots écrits en cycle 2. Il passe d'abord par l'acquisition du principe alphabétique, moment crucial de l'apprentissage...
4. L'acquisition du principe alphabétique et celle des correspondances graphophonologiques font l'objet d'un enseignement explicite, et ne s'obtiennent pas par simple exposition à la langue écrite (pp. 211-212).
Etiquettes Technorati: Education - Literacy
Voici des mois que j'essaie de construire, pour nos ateliers 'Voix Haute', un site utile et commode aussi bien pour nos partenaires que pour moi. Et je n'y suis pas parvenu. Dans construction d'un site, il se trouve que je ne suis pas autonome. Or, comme j'ai besoin d'y intervenir à tout moment, de corriger des pages, de les redistribuer, j'ai fini par renoncer et me rabattre sur ce que je sais faire à peu près correctement, à savoir un blog.
J'ouvre donc aujourd'hui un second blog, qui s'intitulera 'Voix Haute' et qui sera le vaisseau amiral. J'ai encore quelques problèmes d'adresse, mais il est prévu que nous allions faire tout à l'heure une visite à Contes où je demanderai à Michel un coup de main.
J'ajoute que me parviens à l'instant même, par la liste québecoise d'edu-ressources (que je recommande vivement à tous les professeurs) une adresse précieuse concernant l'utilisation des weblogs ou carnets-web pour l'enseignement.
A propos de la loi votée hier au Parlement tendant à sanctionner la négation du génocide des Arméniens en 1915, Gilbert Veyret publie un excellent billet sur le site d'Initiative Européenne et sociale, intitulé Puisque les lois ne peuvent plus régir l'avenir, qu'elles sanctionnent... le passé des autres. Cette histoire est en effet ahurissante. Je réfléchissais ce matin, en faisant mon marché, à la façon dont la classe politique a accueilli voici peu les suggestions faites par S. Royal et N. Sarkozy de réformer la carte scolaire. Personne n'a prétendu alors que ce dispositif donnait satisfaction. Tout le monde a reconnu au contraire qu'il avait des conséquences calamiteuses pour de nombreux enfants, ainsi que pour l'avenir du pays (qui se prive du talent que ces nombreux enfants pourraient développer si on leur permettait de s'extraire une tant soi peu de leur milieu social). Mais c'était pour nous expliquer aussitôt que l'on n'y pouvait rien. Qu'il n'y avait pas de recette magique. Qu'on allait regarder cela, bien sûr, mais qu'à moins de découvrir une 'recette miracle', il ne fallait pas s'attendre à ce que l'on améliore beaucoup la situation. Et la presse a paru soulagée. Ah! enfin, voilà que notre Premier ministre remettait à leurs places ces deux individus un peu vulgaires qui prétendaient réformer les choses... Et pourquoi pas, tant qu'on y était, aller s'inspirer de ce qui se fait dans les grandes villes américaines...! De quoi se faire du mal. Se diviser. De quoi mettre des milliers de manifestants dans la rue. Tandis qu'avec cette condamnation du passé des autres, ça va mieux, on se retrouve entre soi. Pour une fois, j'ai cru comprendre que notre Parlement a même frôlé l'unanimité.
PS. Sur la photo, c'est pas moi.
Au départ de notre système éducatif, deux traditions très distinctes: l'une laïque et l'autre religieuse.
La tradition laïque est la plus ancienne, elle remonte à l'antiquité. Dans ce contexte, celui qui enseigne est moins un maître qu'un serviteur. Il s'adresse aux enfants des familles riches et leur enseigne ce que leurs parents savent déjà mais qu'ils n'ont ni le temps ni l'envie de leur enseigner eux-mêmes.
La tradition religieuse remonte au moyen âge latin. Les moines accueillent de jeunes paysans et leur enseignent une langue (le latin), un savoir-faire artisanal (l'écriture) et une culture (biblique) très éloignés de ceux du monde de leurs parents.
Dans la tradition laïque, il s'agit d'aider un enfant à faire bonne figure dans un monde qui est déjà le sien, auquel sa naissance le destine. Dans la tradition religieuse, il s'agit de l'extraire de sa communauté de naissance pour le faire entrer dans un autre monde. Dans la tradition laïque, il s'agit de faire en sorte que les élèves finissent par ressembler à leurs pères. Dans la tradition religieuse, il s'agit de faire en sorte qu'ils ressemblent aux moines qui les enseignent pour un jour pouvoir les remplacer.
L'enseignement privé apparaît aujourd'hui comme le grand héritier de la tradition laïque, même si dans la plupart des cas les religions y ont droit de cité. L'enseignement public, en revanche, tend à assumer la vocation d'un enseignement religieux. [Il me paraîtrait plus exact aujourd'hui de parler de fonction sacerdotale (20/01/07).] Il milite pour un autre monde. Il échoue. Il s'en étonne et il s'en plaint.
Chers amis, En 1974, nous étions très à gauche et nous savions qu'il existait une culture dominante qui était celle de la bourgeoisie. Et, bon an mal an, nous essayions de dire qu'il existait aussi d'autres cultures qui avaient leur dignité et qui méritaient mieux que le dédain dans lequel les maintenait l'école. C'était, pour ceux de notre génération, le jazz, la BD, le roman policier, le cinéma, les musiques ethniques, etc... Aujourd'hui, la grande majorité de nos collègues sont toujours très à gauche, mais ne parlent plus jamais de culture de classe. Ils défendent la culture aristocrato-bourgeoise comme la seule qui vaille, et ils veulent l'imposer à tous (la rendre obligatoire). Je n'ai rien contre Racine (que je préfère de beaucoup à Molière), j'adore entendre Claude Chabrol comparer les mérite de Corneille et Racine. Mais (1) je m'étonne qu'on ait oublié le jazz, le cinéma et Raymond Queneau, les chants des paysans siciliens ou berbères. (2) Je ne vois pas pourquoi Molière, Corneille et Racine seraient obligatoires pour tous (après tout la musique de Mozart ni celle de Miles Davis ne figurent encore au programme du bac, et personne ne s'en plaint).
Mais encore une fois, ma question est celle-ci: Comment se fait-il que les prof, gens de gauche, aient oublié de défendre la culture populaire et veuillent imposer aux pauvres la culture des riches?
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